À ROQUEVAIRE (Bouches-du-Rhône), lors du 13ᵉ congrès de la FNAF, un cordon empêche les mandatés de l’Intersyndicat CGT du Champagne d’accéder aux travaux, malgré leurs mandats régulièrement délivrés. © CGT Champagne.

✍️Par l’Intersyndicat CGT du champagne

📅 Publié le 20 février 2026

⏱️Temps de lecture 6 minutes

Empêchés d’entrer au 13ᵉ congrès fédéral, les mandatés du Champagne dénoncent une exclusion de fait, sans notification formelle préalable, et posent la question de la gouvernance, de l’exemplarité et de la démocratie interne.

Une exclusion sans notification formelle

Au 13ᵉ congrès de la FNAF, organisé à ROQUEVAIRE (Bouches-du-Rhône), neuf mandatés de l’Intersyndicat CGT du Champagne, accompagnés de représentants venus d’autres secteurs de l’agroalimentaire, ont été empêchés d’accéder aux travaux.

Un cordon de sécurité formé de nombreux membre du Comité Exécutif Fédéral bloquait l’entrée lançant des slogans insultants : Fachos dehors, le champagne cassez-vous… (voir la courte vidéo en bas de l’article). Les représentants champenois, pourtant porteurs de mandats réguliers délivrés par leurs syndicats d’entreprise, ont été maintenus à l’extérieur.

Pour justifier cette décision, nous avons appris par des source proches du congrès qu’il a été invoqué l’existence d’une procédure d’exclusion de la CGT visant l’Intersyndicat, alors qu’à cette date, aucune notification formelle ni aucune décision statutaire définitive ne nous avaient été communiquées.

Et, dans les jours qui ont suivi, un groupe d’individus vêtus de noir, certains cagoulés, a empêché les mandatés de l’Intersyndicat d’accéder aux abords du congrès. Ils ont été bousculé et la distribution de tracts leur a été interdite à proximité immédiate de l’entrée de la salle.

Alors même que l’Intersyndicat est accusé d’employer des « méthodes fascistes », ces pratiques, manifestement destinées à impressionner et à dissuader, relèveraient-elles réellement d’un fonctionnement syndical démocratique ? Un climat d’intimidation est-il compatible avec les valeurs antifascistes et le débat contradictoire que la CGT revendique depuis sa création ? De tels procédés ne rappelleraient-ils pas précisément les méthodes que notre organisation a toujours combattues ?

Le courrier du 6 février et des accusations graves

Quelques jours avant le congrès, un courrier daté du 6 février 2026 a été adressé aux syndicats CGT du Champagne. Il accusait le secrétariat de l’Intersyndicat de vouloir « organiser une mutinerie » et d’employer des « méthodes empruntées aux fascistes et à l’extrême droite ».

Ces accusations particulièrement graves ont été diffusées directement auprès des structures syndicales, sans qu’aucune instance confédérale compétente n’ait, à ce stade, statué contradictoirement sur ces faits.

L’Intersyndicat a saisi la commission confédérale compétente en matière de lutte contre les idées d’extrême droite afin que ces accusations soient examinées dans un cadre statutaire clair et contradictoire.

Un désaccord déjà public

La situation du congrès s’inscrit dans une crise ouverte entre la FNAF et l’Intersyndicat du Champagne.

Un article publié sur le site CGT Champagne avait déjà analysé cette rupture et ses causes : https://www.cgtchampagnereims.fr/crise-ouverte-entre-la-fnaf-et-lintersyndicat-du-champagne/

Le désaccord ne porte pas sur l’appartenance à la CGT. Il porte sur la gouvernance fédérale, sur la transparence, sur l’exemplarité et sur la nécessité d’un fonctionnement moins opaque et plus démocratique.

Le contexte judiciaire

En octobre 2024, plusieurs dirigeants fédéraux ont été condamnés pénalement. Aucun appel n’a été formé contre ce jugement, qui est donc devenu définitif.

C’est dans ce contexte que les mandatés du Champagne se sont rendus au congrès pour affirmer une position claire : ils ne souhaitent pas que des responsables condamnés par la justice puissent être reconduits à la direction fédérale.

Il ne s’agit pas d’un affrontement personnel. Il s’agit d’un principe d’exemplarité et d’une exigence de cohérence entre les décisions de justice et l’exercice de responsabilités syndicales.

Des interventions préparées, pas une « mutinerie »

Les mandatés du Champagne n’étaient pas venus provoquer un désordre. Plusieurs interventions avaient été préparées.

La première devait être une intervention liminaire d’ouverture du congrès par José Blanco, secrétaire général de l’Intersyndicat CGT du Champagne. Elle visait à répondre frontalement aux accusations de « mutinerie », d’attaques physiques, d’appropriation de la caisse fédérale ou encore d’« méthodes fascistes » contenues dans le courrier du 6 février 2026.

Cette prise de parole devait s’appuyer sur l’activité concrète de l’Intersyndicat en faveur des travailleurs étrangers lors des vendanges : présence sur le terrain, information multilingue, accompagnement juridique de salariés victimes d’exploitation, constitution de parties civiles dans des affaires de traite d’êtres humains, dénonciation des conditions d’hébergement indignes. Il s’agissait d’opposer des faits précis aux accusations formulées.

José Blanco devait également présenter une seconde intervention, consacrée à la transparence financière et à la modification des statuts de la fédération. Il entendait rappeler que l’information économique communiquée aux délégués est aujourd’hui fragmentaire et insuffisamment consolidée, alors même que des décisions de justice ont fait référence à des éléments comptables précis. Il demandait que les statuts prévoient explicitement la présentation d’un rapport financier annuel complet, la communication des rapports des commissaires aux comptes et la production de comptes consolidés intégrant l’ensemble des structures et participations de la fédération.

Cette proposition ne relevait pas d’une défiance personnelle, mais d’une exigence de gouvernance moderne et responsable.

La même intervention devait également porter sur l’éligibilité aux responsabilités fédérales. Compte tenu des condamnations pénales prononcées et devenues définitives, José Blanco proposait d’inscrire clairement dans les statuts qu’une condamnation assortie d’une peine d’inéligibilité entraîne automatiquement l’impossibilité d’exercer toute responsabilité au sein de la fédération pendant la durée fixée par la justice. Une peine d’inéligibilité, rappelait-il, ne peut être ni interprétée ni contournée.

Hervé Milliat devait intervenir sur la campagne des élections MSA et chambres d’agriculture, soulignant le manque de soutien fédéral aux équipes de terrain et alertant sur le recul des résultats de la CGT, marqué notamment par un passage à la quatrième place au niveau national.

Rodolphe Beaudet devait rappeler le travail mené en Champagne contre l’exploitation des saisonniers et proposer que cette lutte devienne un axe structuré au niveau fédéral.

Sébastien KRS devait intervenir sur un accord transformant des majorations d’heures supplémentaires en droits différés à formation, soulevant une question de principe sur la rémunération immédiate du travail. Il devait également évoquer le fait qu’il avait été affirmé que la CGT n’était pas signataire de cet accord, alors que celui-ci avait été signé par le trésorier fédéral en l’absence du responsable en charge du dossier, sans que celui-ci en soit directement informé, ce qui pose une question de transparence et de fonctionnement démocratique.

Toutes ces interventions relevaient du débat normal d’un congrès fédéral.

Elles n’ont pas pu être entendues.

Une motion collective de soutien

Face aux accusations et au blocage, vingt-huit délégués syndicaux CGT du Champagne ont adopté une motion de soutien formalisée par mandats écrits.

Cette motion affirme explicitement le soutien à José Blanco, au secrétariat et à l’Intersyndicat dans son ensemble. Elle réaffirme l’attachement aux valeurs antifascistes de la CGT et rejette toute assimilation aux idées d’extrême droite.

Les mandats ayant été donnés par écrit et conservés, il s’agit d’une position collective assumée et statutairement encadrée.

Une question démocratique

Au-delà de l’incident, une question de principe est posée : peut-on empêcher des mandatés régulièrement désignés de participer à un congrès au motif d’une procédure non notifiée et non aboutie ?

Un congrès est l’instance souveraine d’une organisation. C’est le lieu du débat, de la confrontation des orientations et de la décision collective.

L’Intersyndicat CGT du Champagne maintient sa ligne : défendre les salariés de la filière, exiger l’exemplarité des responsables syndicaux, réclamer davantage de transparence financière, moins d’opacité et un fonctionnement réellement démocratique de la gouvernance fédérale, respecter les procédures confédérales et refuser toute disqualification sans débat contradictoire.

Il ne s’agit pas d’un conflit personnel. Il s’agit d’un débat sur la gouvernance et sur la conception même de la démocratie interne au sein de la CGT.

Au regard de la situation constatée lors de ce congrès, le secrétariat de l’Intersyndicat CGT du Champagne se réunira prochainement afin d’en tirer toutes les conséquences et de réfléchir collectivement aux suites à donner à ces agissements.

Télécharger l’article : 13ème congrès de la FNAF : les mandatés de la FNAF réfoulés

Pour aller plus loin :

Article du Canard Enchaîné, 24 février 2026 : CGT-Agroalimentaire-Les salades des incroyables Huck