Adoptée par le Sénat, une proposition de loi remettant en cause le caractère chômé et payé du 1er mai sera examinée par l’Assemblée nationale le 22 janvier prochain. © IA CGT champagne

✍️Par l’Intersyndicat CGT du champagne

📅 Publié le 12 janvier 2026

⏱️Temps de lecture 3 minutes

Le 22 janvier, l’Assemblée nationale sera appelée à se prononcer sur une proposition de loi qui remet en cause le caractère chômé et payé du 1er mai. Derrière un discours de façade sur la “souplesse” et le “volontariat”, c’est une nouvelle offensive patronale contre un droit historique du monde du travail qui se joue. Les organisations syndicales, dont la CGT, appellent les députés à rejeter ce texte de régression sociale.

Le 1er mai, un droit unique dans le droit du travail

Le 1er mai n’est pas un jour férié comme les autres. Il est le seul, dans le Code du travail, à être obligatoirement chômé et payé pour l’ensemble des salariés, à l’exception strictement encadrée des activités qui, par leur nature même, ne peuvent interrompre le travail. Ce principe constitue un repère social fort, à la fois juridique, symbolique et historique, partagé par les travailleurs du monde entier. C’est précisément ce caractère exceptionnel que vise aujourd’hui la proposition de loi adoptée au Sénat, intitulée « Permettre aux salariés de certains secteurs de travailler le 1er mai ».

Soutenue par les organisations patronales et largement appuyée par le gouvernement précédent, cette initiative a même fait l’objet d’une procédure accélérée, comme si l’urgence sociale du moment consistait à faire travailler davantage les salariés ce jour-là.

Une extension des dérogations au détriment des salariés

Le droit actuel est clair : seules les activités qui ne peuvent être interrompues peuvent déroger au repos du 1er mai. La proposition de loi entend étendre largement ces dérogations à de nombreux secteurs professionnels, sans justification liée à une nécessité réelle de service.

Cette extension entraînerait des conséquences lourdes. Elle remettrait en cause le repos rémunéré du 1er mai pour des millions de salariés et accentuerait encore la concurrence entre grandes enseignes et petits commerces de proximité. Ces derniers, qui pouvaient jusqu’ici ouvrir ce jour-là sans subir la pression des grands groupes, se retrouveraient pénalisés par une libéralisation généralisée du travail le 1er mai.

Sous couvert d’une liste prétendument limitée d’établissements concernés, le texte ouvre en réalité une brèche dangereuse. L’histoire sociale récente l’a montré : chaque fois qu’un principe est affaibli, les dérogations finissent par devenir la règle.

Le précédent du travail dominical

Le parallèle avec le travail du dimanche est éclairant. Présenté à l’origine comme exceptionnel, encadré et volontaire, il s’est progressivement généralisé. Les majorations ont été remises en cause, le volontariat est devenu fictif, et la contrainte patronale s’est imposée dans de nombreux secteurs.

Il en irait de même pour le 1er mai. Le “volontariat” brandi pour rassurer ne résiste pas à la réalité du lien de subordination inhérent au contrat de travail. Dans les entreprises, et plus encore dans les TPE, les salariés savent qu’un refus peut se traduire par des pressions, des sanctions déguisées, un licenciement ou un non-recrutement. Le 1er mai travaillé aujourd’hui deviendrait le 1er mai imposé demain.

Un symbole historique attaqué

Au-delà du droit social, c’est aussi un symbole que cette proposition de loi entend fragiliser. Le 1er mai commémore les luttes pour les droits des travailleurs, arrachés de haute lutte au prix de répressions sanglantes. En France, la fusillade de Fourmies, le 1er mai 1891, rappelle que ce jour est indissociable de l’histoire du mouvement ouvrier. Remettre en cause le principe du 1er mai chômé et payé, c’est remettre en cause plus de cent ans de luttes sociales et collectives. C’est banaliser un jour qui porte la mémoire des combats pour la dignité, le temps de repos et la reconnaissance du travail.

Une mobilisation syndicale unitaire

Grâce aux alertes syndicales et aux mobilisations, la première version du texte a été partiellement modifiée. Pour autant, la version adoptée par le Sénat demeure un recul social majeur. Rien n’est joué à ce stade.

Inscrite dans une niche parlementaire le 22 janvier, cette proposition de loi peut encore être rejetée. Les organisations syndicales CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, Solidaires et FSU appellent clairement les députés à s’y opposer.

Dans un contexte social déjà marqué par les tensions, la remise en cause des droits et la dégradation des conditions de travail, préserver des temps communs de repos et d’apaisement est une nécessité sociale. Pour la CGT Champagne, comme pour l’ensemble du mouvement syndical, le message est clair : le 1er mai doit rester un jour férié, chômé et payé.

Télécharger l’article : 1er mai : une attaque frontale contre un droit fondamental des salariés

Sources : communiqué CGT « Le 22 janvier l’Assemblée nationale doit rejeter l’attaque du 1er mai, seul jour obligatoirement chômé et payé »