Retour à chaud de la délégation CGT devant une quarantaine de militants, le 21 janvier 2026, après la réunion paritaire avec l’Union des maisons de champagne : salaires, grille conventionnelle, stratégie patronale et rapport de force au cœur des échanges. © CGT champagne

✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne

📅 Publié le 27 janvier 2026

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Réunis en assemblée générale à l’issue de la première réunion paritaire NAO du 21 janvier 2026, près de quarante militants de la CGT Champagne ont fait un point collectif sur le contenu des échanges avec l’Union des maisons de champagne et son représentant Michel Letter. Derrière un ton en apparence plus apaisé, les signaux envoyés confirment un durcissement de la ligne patronale sur les salaires et les garanties collectives, alors même que la filière continue de dégager des niveaux de richesse historiquement élevés.

Coefficient 120 sous le SMIC, tentation de remise en cause de la grille, stratégie économique de la filière, mécanisation du vignoble, rapport de force intersyndical : cette assemblée générale a permis de poser clairement les enjeux et d’alerter sur les risques qui pèsent sur les salariés.

Une première réunion paritaire sous tension malgré un ton plus feutré

La première réunion paritaire NAO de la branche Champagne s’est tenue le 21 janvier 2026 à l’Union des maisons de champagne. Dans la foulée, une assemblée générale de militants de la CGT Champagne s’est réunie afin de faire un retour à chaud sur le contenu des échanges et de partager collectivement les premières analyses. Près de quarante militants étaient présents, malgré l’absence de plusieurs camarades retenus dans leurs entreprises, notamment chez Moët et chez Veuve Clicquot, où des réunions internes liées à des négociations sur les primes d’intéressement étaient organisées au même moment.

Le retour sur la réunion paritaire a été assuré par la délégation CGT mandatée pour y siéger, composée de José Blanco, secrétaire général de l’Intersyndicat CGT du Champagne, ainsi que de Sébastien KRS et de Noël Sainzelle, membres du secrétariat de l’Intersyndicat. La délégation a restitué de manière précise le déroulement des échanges tenus dans la matinée avec Michel Letter, représentant patronal de l’Union des maisons de champagne, et a partagé les premières lectures syndicales de cette séquence de négociation.

D’emblée, il a été expliqué que Michel Letter adoptait une attitude plus détendue sur la forme que lors des précédentes réunions. Le ton était moins frontal et les échanges semblaient, en apparence, un peu plus apaisés. Pour autant, cette évolution de forme ne s’est accompagnée d’aucune avancée réelle sur le fond. Michel Letter a largement occupé la parole, multipliant les développements et les digressions, sans apporter de réponses concrètes aux revendications portées par les organisations syndicales.

Pour de nombreux militants, ce positionnement s’apparente davantage à une stratégie visant à gagner du temps et à occuper le terrain qu’à une réelle volonté de faire progresser les discussions. Très rapidement, un constat s’est imposé dans l’assemblée : malgré un ton moins tendu, la négociation s’annonce à nouveau compliquée et les signaux envoyés par la partie patronale laissent peu d’illusions sur une inflexion positive de la ligne défendue.

Les premières prises de parole ont également permis de rappeler le contexte général de ces NAO. Après plusieurs années d’augmentations inférieures à l’évolution réelle du coût de la vie, les salariés abordent cette nouvelle séquence avec une attente forte de rattrapage du pouvoir d’achat. Or, les orientations exprimées laissent entrevoir une proposition qui pourrait rester strictement calée sur l’inflation, voire en dessous, ce qui alimente une inquiétude importante parmi les militants.

Salaires : quand la grille passe sous le minimum légal

La question salariale s’est rapidement imposée comme le cœur des inquiétudes exprimées lors de l’assemblée générale. Plusieurs militants soulignent qu’on en arrive aujourd’hui à une situation particulièrement préoccupante : le combat syndical ne porte même plus sur une amélioration réelle des salaires, mais simplement sur le fait de rester au-dessus du minimum légal. Cette évolution est vécue comme un signal d’alarme, révélateur d’un affaiblissement progressif du rapport de force et des effets cumulés de plusieurs années d’accords insuffisants.

Dans les échanges, il est rappelé que l’inflation est aujourd’hui estimée à 0,9 %. C’est sur cette base que le patronat construit son raisonnement pour justifier une approche très restrictive des augmentations. De leur côté, les organisations syndicales se sont positionnées collectivement sur une revendication à 2,3 %. Cette revendication n’est pas présentée comme excessive.

Elle vise à commencer à corriger une partie des pertes de pouvoir d’achat accumulées ces dernières années, sans prétendre compenser l’ensemble du décrochage d’un seul coup.

Le débat se concentre ensuite sur la situation du coefficient 120, qui cristallise une grande partie des tensions. Aujourd’hui, ce coefficient est fixé à 11,84 € de l’heure, alors que le SMIC est à 12,02 €. Avec une augmentation limitée à 0,9 %, le coefficient 120 resterait donc en dessous du SMIC. Il faut au minimum une augmentation d’environ 1,6 % pour simplement le ramener au niveau du SMIC, autour de 12,03 € de l’heure. Tant que ce seuil n’est pas atteint, il ne s’agit même pas d’une véritable augmentation, mais uniquement d’un rattrapage d’un retard déjà installé dans la grille salariale.

Dans ce contexte, il est également rapporté que Michel Letter a évoqué la possibilité de supprimer purement et simplement le coefficient 120. Une telle proposition est perçue comme extrêmement préoccupante. Pour les militants, elle ne règle en rien le problème de fond. Tant que les augmentations paritaires restent inférieures au niveau du SMIC, la suppression d’un coefficient ne ferait que déplacer la difficulté sans améliorer la situation réelle des salariés.

Plusieurs interventions soulignent que supprimer le coefficient 120 reviendrait à effacer un repère salarial protecteur au lieu de garantir un minimum conventionnel au-dessus du SMIC. Cela ouvrirait la voie à une fragilisation de l’ensemble de la grille, avec un risque de glissement généralisé vers le bas et une perte de lisibilité des classifications. Cette orientation est analysée comme une remise en cause directe du rôle protecteur de la convention collective et comme un signal politique très négatif envoyé aux salariés de la branche.

À l’inverse, une augmentation de l’ordre de 2,3 % permettrait de commencer à corriger réellement le décrochage de la grille et de compenser une partie des pertes de pouvoir d’achat accumulées au cours des deux dernières années. Ces éléments montrent à quel point la question salariale est aujourd’hui centrale et structurante pour l’ensemble des salariés de la Champagne.

Volumes en baisse, profits toujours là : le discours patronal démonté

Dans son argumentation, Michel Letter met en avant une situation qu’il présente comme dégradée. Il insiste notamment sur la baisse des volumes, la constitution de stocks et les incertitudes de marché. À ces éléments, il ajoute les incertitudes liées aux taxes douanières et aux tensions géopolitiques, afin de justifier une posture de prudence et de retenue sur les augmentations salariales.

Cette lecture est largement contestée par les militants, qui pointent un décalage important entre ce discours alarmiste et les données économiques disponibles. Les baisses de volumes sont mises en avant par le patronat, tandis que les niveaux de prix, la richesse réellement créée et les résultats économiques sont largement minimisés, voire passés sous silence. Cette manière de présenter les choses est perçue comme une stratégie classique visant à peser à la baisse sur les revendications salariales.

Les chiffres évoqués indiquent que les expéditions 2025 s’établissent autour de 265,9 millions de bouteilles, pour un chiffre d’affaires d’environ 5,7 milliards d’euros. Même en tenant compte d’une légère baisse des volumes par rapport aux années précédentes, le chiffre d’affaires reste à un niveau historiquement élevé. Il est également rappelé que ce niveau de volumes est quasiment comparable à celui de 1997, une année où la Champagne ne réalisait alors qu’environ 2,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Plusieurs militants insistent sur le fait que la filière vend aujourd’hui ses bouteilles à des prix sans commune mesure avec ceux de cette période. À volumes comparables, la richesse produite a plus que doublé. Cette comparaison met clairement en lumière une stratégie patronale consistant à instrumentaliser la baisse des volumes pour justifier une politique de modération salariale.

Elle montre que le vrai débat ne porte pas sur la santé économique de la filière, mais sur la façon dont la richesse créée est répartie.

Plus largement, il est rappelé que la Champagne a connu ces dernières années des niveaux de production et de rentabilité historiquement élevés, accompagnés d’investissements importants, de distributions de dividendes et de stratégies de montée en gamme. Dans ce contexte, il apparaît difficilement crédible d’expliquer aujourd’hui que les marges seraient insuffisantes pour permettre une revalorisation salariale digne de ce nom.

Inflation réelle, coût de la vie et colère sociale

La question de l’inflation est également abordée de manière plus précise au cours des échanges. Il est rappelé que la baisse récente de l’inflation est en grande partie liée à la diminution des prix de l’énergie, et non à une baisse générale du coût de la vie. Pour de nombreux salariés, cette évolution ne se traduit pas concrètement dans le quotidien.

Dans le même temps, les dépenses contraintes continuent d’augmenter, notamment sur l’alimentation, les loyers, les assurances et les services. Ces postes de dépenses pèsent lourdement sur les budgets des ménages et réduisent d’autant la capacité à faire face aux imprévus ou à améliorer les conditions de vie. Malgré des indicateurs macroéconomiques présentés comme plus favorables, le ressenti du coût de la vie reste donc très élevé pour une grande partie des salariés.

Ce décalage entre les statistiques et la réalité vécue alimente un sentiment d’injustice et de lassitude. Plusieurs militants soulignent que les salariés ont le sentiment de faire des efforts permanents, sans jamais voir leurs salaires suivre réellement l’évolution des prix et des contraintes du quotidien. Cette situation nourrit une colère sociale diffuse, mais bien réelle, qui s’exprime de plus en plus dans les échanges de terrain.

Dans ce contexte, les militants rappellent que les NAO ne peuvent pas être déconnectées de cette réalité sociale. Une augmentation strictement calée sur les indices officiels ne permettrait pas de répondre aux difficultés concrètes rencontrées par les salariés et risquerait d’aggraver encore le décrochage de la grille des salaires conventionnelles et du pouvoir d’achat.

Au-delà des salaires : commission sociale, HVS, stratégie de filière

Les échanges ne se limitent pas à la seule question des salaires. Plusieurs militants insistent sur le fait que de nombreux enjeux sociaux structurants sont aujourd’hui laissés de côté au niveau de la branche, faute d’un véritable espace de travail collectif avec le patronat.

Un premier point porte sur l’indice INSEE utilisé comme référence pour déterminer l’évolution des salaires et de certaines primes. Cet indice, qui repose sur une moyenne annuelle, est fortement critiqué. Il est jugé peu lisible pour les salariés, instable dans ses effets et trop facilement interprétable par le patronat. Plusieurs interventions rappellent que ce mode de calcul permet régulièrement de limiter artificiellement les revalorisations, sans que les salariés puissent réellement comprendre les mécanismes utilisés. La CGT porte la revendication de sortir de cet indice et de lui substituer une référence plus claire, plus stable et réellement protectrice. Cette demande a été explicitement formulée lors de la réunion paritaire, mais Michel Letter est resté fermé à toute remise en cause du dispositif existant.

Au-delà de cette question technique, les militants soulignent la nécessité de remettre en fonctionnement une véritable commission sociale de branche. Le constat est largement partagé : depuis plusieurs années, les échanges avec l’Union des maisons de champagne se concentrent presque exclusivement sur les NAO, au détriment d’un travail de fond sur les sujets sociaux. Cette situation appauvrit le dialogue social de branche et empêche d’aborder sérieusement des questions essentielles pour les salariés.

Plusieurs thèmes sont identifiés comme devant être remis à l’agenda. La question d’une certification à haute valeur sociétale (HVS) intégrant un véritable volet social est longuement évoquée. L’objectif n’est pas seulement de répondre à des exigences environnementales ou d’image, mais bien d’y intégrer des critères sociaux contraignants : conditions de travail, respect des droits collectifs, qualité de l’emploi, lutte contre la précarité et contre certaines formes de sous-traitance dégradées. Sans ce volet social, le risque est de voir ces démarches se réduire à des outils de communication sans impact réel pour les salariés.

Les échanges portent aussi sur les possibilités d’aménagement des fins de carrière. La question des départs anticipés à la retraite est abordée sous l’angle de la pénibilité et de l’usure professionnelle, en particulier dans certains métiers du vignoble et de la production.

Enfin, une ouverture est évoquée par Michel Letter concernant l’organisation d’une possible rencontre en mars. Celle-ci porterait sur la relance de la commission sociale, la certification HVS avec un volet social, le compte épargne-temps, les questions de fins de carrière, mais aussi sur les orientations et les choix économiques de la filière, qui font l’objet de fortes interrogations du point de vue syndical, ainsi que, plus largement, sur certains sujets de fond liés à la convention collective. Cette annonce est accueillie avec prudence. Plusieurs militants rappellent que ce type d’engagement a déjà été formulé par le passé sans déboucher sur un travail réellement structuré ni sur des avancées concrètes. La vigilance reste donc de mise quant au contenu réel de cette rencontre et aux engagements qui pourraient en découler.

Mécanisation, vignes semi-larges, taille Guyot : quel avenir pour le travail en Champagne ?

Au-delà des questions salariales immédiates, les échanges ouvrent une réflexion plus large sur les transformations profondes du modèle de production dans la filière Champagne et sur leurs conséquences pour le travail, l’emploi et les savoir-faire.

La mécanisation est identifiée comme un marqueur central de ces évolutions. Le recours croissant à la machine à vendanger et à l’automatisation est analysé comme un moyen pour les groupes de réduire les coûts de main-d’œuvre. Mais cette évolution ne se limite pas à une question économique. Elle transforme en profondeur les métiers, les qualifications, l’organisation du travail et les conditions d’exercice des salariés sur le terrain. Plusieurs militants alertent sur les impacts possibles en matière d’emplois, de pénibilité, de sécurité et de qualité des produits.

Ces transformations sont également mises en lien avec certaines orientations techniques dans le vignoble, notamment le développement des vignes semi-larges et les évolutions autour de la taille Guyot. Ces choix, souvent présentés comme des leviers de productivité et d’adaptation à la mécanisation, modifient en profondeur les pratiques culturales et les équilibres du travail dans les parcelles. Ils interrogent directement la transmission des savoir-faire, la qualité du travail réalisé et l’identité même du modèle champenois.

Plusieurs interventions soulignent que la standardisation progressive des pratiques, dictée par des objectifs de rendement et d’optimisation, risque d’affaiblir un modèle historiquement fondé sur la maîtrise technique, l’expérience des salariés et l’engagement humain. La Champagne s’est construite sur des équilibres fragiles entre qualité, technicité et travail humain. Remettre en cause ces équilibres sans débat collectif de fond fait peser des risques à long terme sur la filière.

Les militants insistent également sur le fait que ces évolutions techniques sont trop souvent décidées sans réelle concertation avec les salariés et leurs représentants, et sans évaluation sérieuse de leurs impacts sociaux, environnementaux et sanitaires. Derrière les discours de modernisation et de compétitivité, ce sont des transformations lourdes qui s’opèrent sur les conditions de travail, la sécurité des équipes et la reconnaissance des qualifications.

Ces débats rejoignent directement les enjeux évoqués autour des certifications, notamment la haute valeur sociétale (HVS). Plusieurs militants rappellent que ces labels ne peuvent pas se limiter à des critères environnementaux ou d’image. Ils doivent impérativement intégrer des exigences sociales fortes, faute de quoi ils risquent d’accompagner des transformations qui dégradent les conditions de travail sans véritable contrepartie pour les salariés.

Plus largement, ces discussions renvoient à une interrogation de fond sur le modèle économique de la filière et sur les choix stratégiques opérés par les grands groupes. La recherche de rentabilité à court terme, la pression sur les coûts et la logique financière prennent de plus en plus de place dans les décisions, parfois au détriment d’une vision industrielle et sociale de long terme.

Vigilance, mobilisation et construction du rapport de force

La dernière partie de l’assemblée générale est consacrée aux perspectives immédiates et aux suites à donner à cette première réunion paritaire. Les membres de l’Intersyndicat rappellent que cette réunion à chaud avait pour objectif de permettre une circulation rapide de l’information, une mise en commun des analyses et une appropriation collective des enjeux par les élus et les équipes syndicales. Cette méthode est considérée comme indispensable pour construire un rapport de force lucide, cohérent et partagé.

À ce stade, aucune décision immédiate de mobilisation n’est arrêtée. Les participants estiment nécessaire d’attendre le contenu précis de la prochaine réunion paritaire avant de définir des orientations concrètes. Cette prudence n’est pas assimilée à de l’attentisme, mais à la volonté de disposer d’éléments solides pour ajuster la stratégie syndicale de manière pertinente et collective.

La vigilance reste toutefois très forte. Les signaux envoyés par la partie patronale, notamment à travers les prises de position de Michel Letter, nourrissent une méfiance importante quant au risque d’une proposition salariale insuffisante, voire assortie de contreparties défavorables pour les salariés. Les militants insistent sur la nécessité d’anticiper différents scénarios et de ne pas se laisser enfermer dans un calendrier ou une logique imposée par le patronat.

Les échanges soulignent également l’importance du travail d’information et de mobilisation dans les entreprises. Le rôle des élus et des militants est central pour relayer les enjeux, expliquer les mécanismes de négociation, démonter les discours patronaux et préparer les salariés aux différentes hypothèses possibles. La circulation de l’information entre les sites, les maisons et les équipes est identifiée comme un levier essentiel pour éviter l’isolement et renforcer la cohérence collective.

La question de la coordination intersyndicale reste présente en toile de fond. Même si les équilibres sont fragiles, la nécessité de maintenir des échanges réguliers avec les organisations partageant des lignes revendicatives proches est rappelée, afin de limiter les risques de divisions et de signatures isolées.

Enfin, plusieurs interventions insistent sur la nécessité de s’inscrire dans une stratégie de long terme, au-delà de la seule séquence des NAO. Les enjeux abordés – salaires, grille conventionnelle, conditions de travail, modèle économique, avenir de la filière – appellent une action syndicale structurée, combinant revendications, construction du rapport de force et travail de fond sur les droits collectifs.

L’assemblée générale se conclut dans un climat mêlant vigilance, lucidité et détermination, d’autant que Michel Letter n’a formulé aucune contre-proposition patronale lors de cette première réunion paritaire. Les militants conviennent de rester mobilisés, attentifs aux prochaines étapes de la négociation et prêts à adapter collectivement les formes d’action en fonction de l’évolution des propositions patronales.

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