Javier Milei lors de sa campagne. Une fois au pouvoir, son gouvernement a profondément modifié le droit du travail argentin au détriment des garanties collectives. © misterprepa.net
✍️Par l’Intersyndicat CGT du champagne
📅 Publié le 20 février 2026
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Depuis son arrivée au pouvoir, Javier Milei a lancé une offensive majeure contre le droit du travail argentin. Derrière la promesse de « libérer » l’économie, ce sont les protections collectives des salariés qui vacillent. Voici ce que change réellement la réforme portée par son gouvernement.
Présentée comme une modernisation destinée à « libérer les forces productives » et à défendre les « travailleurs libres » contre l’État et les syndicats, la réforme adoptée par son gouvernement en 2026 modifie en réalité l’équilibre structurel entre employeurs et salariés. Derrière les slogans de rupture et de dérégulation, ce sont les protections collectives qui encadraient le pouvoir économique qui reculent. L’analyse des mesures adoptées ne relève pas d’un débat idéologique abstrait. Elle permet d’observer concrètement comment un changement politique peut transformer l’architecture sociale d’un pays.
Une réforme qui touche aux fondations du droit du travail
La réforme portée par Javier Milei ne consiste pas en quelques ajustements techniques. Elle intervient simultanément sur plusieurs piliers : droit syndical, hiérarchie des normes, licenciement, durée du travail, responsabilité en matière de sous-traitance.
Le droit du travail organise la relation salariale. Il fixe des limites au pouvoir de direction, encadre les ruptures, garantit un socle commun de droits et permet l’organisation collective. Modifier ces règles revient à modifier le rapport entre capital et travail.
Le gouvernement Milei fait le choix de déréglementer : moins de règles fixées par la loi, moins de protections collectives obligatoires, davantage de liberté laissée aux entreprises pour fixer les conditions de travail. Mais cette « liberté » ne s’exerce pas entre deux parties égales. Dans la relation de travail, l’employeur détient le pouvoir économique. Le salarié, lui, dépend de son emploi pour vivre. C’est précisément pour corriger ce déséquilibre que le droit du travail s’est construit historiquement.
Droit syndical : réduire les contre-pouvoirs
Parmi les premières mesures adoptées figurent des restrictions encadrant les assemblées et les formes d’action collective. La protection des délégués syndicaux a été affaiblie et les mécanismes de financement des organisations fragilisés.
Un représentant du personnel protégé n’est pas un privilège individuel. Il est la garantie qu’un salarié puisse défendre ses collègues sans craindre une sanction. Lorsque cette protection diminue, l’engagement devient plus risqué et la capacité d’organisation collective s’affaiblit.
Le discours du président Javier Milei oppose les « travailleurs libres » à la « caste syndicale ». Pourtant, réduire les moyens syndicaux revient à affaiblir les outils collectifs dont disposent les salariés pour négocier et résister.
Dans toute économie développée, les syndicats jouent un rôle de stabilisation sociale. Les affaiblir modifie immédiatement l’équilibre de la discussion collective.
Hiérarchie des normes : un déplacement du centre de gravité
La réforme élargit la primauté de l’accord d’entreprise sur les normes sectorielles. Historiquement, le droit du travail reposait sur un principe protecteur : la loi fixe un minimum, la branche améliore ce minimum, et l’entreprise peut aller au-delà. Ce mécanisme empêchait une mise en concurrence sociale interne au secteur.
En France, ce principe a déjà été partiellement remis en cause depuis les réformes de 2016 et 2017. L’accord d’entreprise peut désormais primer dans certains domaines. Le principe de faveur n’est plus absolu. La réforme argentine va plus loin en réduisant davantage le rôle stabilisateur de la branche.
La branche fixe des règles communes pour toutes les entreprises d’un même secteur : salaires minimums, classifications, primes, organisation du temps de travail. Elle évite qu’une entreprise baisse les droits pour être plus « compétitive » que sa voisine. Elle protège aussi les salariés des petites entreprises, où il n’y a parfois ni syndicat structuré ni véritable rapport de force.
Lorsque la négociation se fait uniquement au niveau de chaque entreprise, tout dépend alors de la situation locale. Dans une grande entreprise fortement syndiquée, les salariés peuvent peser. Dans une petite structure isolée, le salarié se retrouve souvent seul face à son employeur. Ce n’est pas que les droits disparaissent du jour au lendemain. C’est qu’ils deviennent plus faciles à contourner et plus dépendants du rapport de force interne.
Sous-traitance : un enjeu concret pour les filières organisées
La réforme allège également la responsabilité du donneur d’ordre vis-à-vis de ses sous-traitants. Dans l’agriculture, la viticulture, le bâtiment ou la logistique, le travail repose sur des chaînes de sous-traitance. La question est déterminante : si un prestataire ne paie pas ses salariés ou commet des infractions graves, l’entreprise principale doit-elle être tenue responsable ?
En France, des mécanismes existent. Ils sont déjà difficiles à mobiliser. Les scandales liés aux vendanges en Champagne ont illustré la complexité d’engager la responsabilité des donneurs d’ordre, même lorsque des situations graves sont révélées.
Le cadre est donc déjà fragile. Lorsque ce principe est encore affaibli, le garde-fou disparaît davantage. Dans un système de sous-traitance, le risque descend vers le maillon le plus fragile. Moins de responsabilité en amont signifie plus d’insécurité pour les salariés des prestataires, souvent saisonniers et précaires.
Licenciements, temps de travail et salaires : une instabilité accrue
La réforme réduit les indemnités de licenciement et facilite les ruptures. Elle autorise des journées de travail plus longues, permet une modulation des horaires limitant le paiement des heures supplémentaires et introduit des salaires variables. Ces mesures augmentent la flexibilité pour l’employeur. Elles réduisent la stabilité pour le salarié.
Dans un contexte économique marqué par l’inflation et la fragilisation du pouvoir d’achat, l’instabilité salariale pèse directement sur la sécurité des ménages. La précarité contractuelle ne constitue pas seulement un enjeu juridique ; elle affecte les conditions de vie concrètes.
Une dimension économique et politique plus large
Le gouvernement de Javier Milei justifie ces réformes par la nécessité de relancer l’économie, d’attirer les investissements et de réduire les coûts. Mais une économie ne se résume pas à la flexibilité du travail. Elle repose aussi sur la stabilité sociale, la sécurité juridique et la confiance des travailleurs.
Affaiblir les protections collectives peut réduire certains coûts à court terme, mais cela modifie la répartition de la valeur entre capital et travail. La question centrale devient alors politique : quelles priorités un gouvernement choisit-il lorsqu’il modifie le droit du travail ?
Une interrogation pour le monde du travail
La colère sociale est réelle. Le déclassement ressenti est réel. Les difficultés économiques sont réelles. Mais face à ces réalités, une question s’impose : lorsque Javier Milei et son gouvernement modifient le droit du travail, quelles protections affaiblissent-ils en premier ?
Renforcent-ils les conventions collectives ? Protègent-ils davantage les représentants du personnel ? Sécurisent-ils la responsabilité des grandes entreprises ? Ou flexibilisent-ils les ruptures, fragmentent-ils la négociation et réduisent-ils les contre-pouvoirs ?
Un vote peut exprimer une rupture. Mais une loi adoptée modifie durablement l’équilibre entre capital et travail.
Dans cet équilibre, chaque réforme déplace le rapport de force. Qui gagne en marge de manœuvre ? Qui perd en sécurité ?
Ce ne sont pas des questions abstraites. Ce sont des questions matérielles pour des millions de salariés.
Comprendre les mécanismes pour éclairer les choix
Les droits sociaux ne disparaissent pas brutalement. Ils s’érodent progressivement.
- Affaiblir les syndicats.
- Fragmenter la négociation collective.
- Faciliter les licenciements.
- Alléger la responsabilité des donneurs d’ordre. Flexibiliser le temps de travail.
Pris ensemble, ces choix dessinent une orientation cohérente.
L’exemple du gouvernement de Javier Milei montre qu’une fois au pouvoir, l’extrême droite modifie d’abord les protections collectives qui encadrent le pouvoir économique.
Pour le monde du travail, comprendre ces mécanismes n’est pas un exercice théorique. C’est une condition pour mesurer les conséquences concrètes des choix politiques sur la vie professionnelle et sociale.
Des décisions politiques aux réalités concrètes des salariés
L’exemple argentin montre qu’un changement politique peut transformer rapidement l’équilibre social d’un pays. Les réformes portées par le président Javier Milei ne relèvent pas d’un simple ajustement technique : elles traduisent une orientation claire sur la place respective du capital et du travail dans l’organisation économique.
Le débat ne porte pas sur des slogans, mais sur des mécanismes juridiques précis qui structurent la vie quotidienne des salariés : protection contre le licenciement, cadre collectif de négociation, responsabilité des donneurs d’ordre, capacité à s’organiser syndicalement.
Dans toute société, le droit du travail reflète un équilibre. Lorsque cet équilibre se déplace, les effets ne sont pas abstraits. Ils concernent la stabilité de l’emploi, la sécurité des revenus, la capacité à défendre collectivement ses conditions de travail. La question n’est donc pas seulement celle des intentions affichées par un gouvernement. Elle est celle des conséquences concrètes des choix opérés. Dans le rapport entre capital et travail, chaque réforme modifie la répartition du pouvoir.
Comprendre ces mécanismes ne relève ni de la polémique ni de l’idéologie. C’est une condition essentielle pour que le monde du travail puisse mesurer lucidement les effets des orientations politiques sur sa propre situation.
Télécharger l’article : Argentine – le tournant social du gouvernement Milei
Sources :
« Argentine : l’extrême-droite de Milei veut ramener le travail 100 ans en arrière »
