Face à une proposition de loi visant à autoriser le travail le 1er mai dans de nouveaux secteurs, les organisations syndicales appellent les députés à préserver ce jour unique dans le droit du travail français : le seul jour férié obligatoirement chômé et rémunéré pour les salariés. © IA CGT champagne

✍️Par l’Intersyndicat CGT du champagne

📅 Publié le 17 mars 2026

⏱️Temps de lecture 3 minutes

Une proposition de loi visant à autoriser le travail dans certains secteurs le 1er mai doit être présentée à l’Assemblée nationale le 10 avril prochain. Face à cette tentative de remise en cause d’une conquête historique du mouvement ouvrier, l’ensemble des organisations syndicales appelle les députés à rejeter ce texte et à préserver le seul jour férié obligatoirement chômé et rémunéré pour les salariés.

Le seul jour férié obligatoirement chômé

Le 1er mai occupe une place particulière dans le droit du travail français. Contrairement aux autres jours fériés, il s’agit du seul jour dont le repos est obligatoirement garanti pour les salariés, sauf dans quelques secteurs indispensables à la continuité de l’activité. Cette spécificité n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat de longues luttes sociales menées par les travailleurs pour obtenir des droits et une reconnaissance de leur contribution à la richesse collective.

Une proposition de loi de retour à l’Assemblée nationale

Pourtant, cette journée symbolique pourrait aujourd’hui être fragilisée. Une proposition de loi intitulée « Permettre aux salariés de certains secteurs de travailler le 1er mai » doit être présentée à nouveau devant les députés le 10 avril 2026. Ce texte, déjà examiné le 22 janvier dernier à l’Assemblée nationale dans le cadre d’une niche parlementaire, n’avait pas été soumis au vote. Il revient désormais dans le débat parlementaire.

Derrière cette proposition se cache une remise en cause du principe même du repos obligatoire le 1er mai. Le texte est notamment défendu au nom d’une prétendue insécurité juridique concernant certaines activités qui ouvriraient ce jour-là. Pourtant, dans la pratique, les sanctions prononcées pour travail illégal le 1er mai restent extrêmement rares. La réalité est donc ailleurs : il s’agit d’étendre progressivement les dérogations existantes afin de permettre à davantage de secteurs économiques de faire travailler les salariés ce jour-là.

Le risque d’une extension progressive des dérogations

Une telle évolution ouvrirait une brèche dangereuse. L’histoire sociale montre en effet que lorsque l’on commence à fragiliser un principe protecteur, les exceptions finissent par devenir la règle. L’exemple du travail du dimanche illustre parfaitement cette logique. D’abord limité à quelques secteurs spécifiques, il s’est progressivement étendu à de nombreuses zones commerciales, jusqu’à devenir une pratique banalisée dans certains territoires.

Dans ces situations, les garanties initialement promises aux salariés s’érodent rapidement. Les majorations salariales disparaissent peu à peu et le « volontariat » mis en avant pour justifier ces dispositifs se révèle souvent très relatif. Dans une relation de travail marquée par le lien de subordination, refuser de travailler peut devenir difficile, notamment pour les salariés précaires ou pour ceux qui craignent de compromettre leur embauche ou leur évolution professionnelle.

Un impact également pour les petits commerces

L’ouverture plus large du travail le 1er mai aurait également des conséquences pour le tissu économique local. Jusqu’à présent, certains petits commerces indépendants pouvaient ouvrir ce jour-là sans subir la concurrence directe des grandes enseignes ou des groupes de distribution. L’élargissement des dérogations risquerait de renforcer encore la domination économique des grandes entreprises au détriment du commerce de proximité.

Une journée ancrée dans l’histoire sociale

Au-delà des aspects juridiques et économiques, le 1er mai demeure avant tout une journée profondément ancrée dans l’histoire sociale. Partout dans le monde, cette date symbolise les luttes pour les droits des travailleurs. En France, elle reste marquée par des épisodes tragiques de cette histoire, comme la fusillade de Fourmies le 1er mai 1891, lorsque l’armée tira sur des manifestants ouvriers qui réclamaient la journée de huit heures.

Remettre en cause le caractère exceptionnel de cette journée reviendrait à fragiliser plus d’un siècle de conquêtes sociales. Pour les organisations syndicales, la priorité des parlementaires devrait être de répondre aux urgences sociales qui traversent aujourd’hui le monde du travail : les salaires, l’emploi, les conditions de travail ou encore les accidents et les morts au travail.

Un appel unitaire des organisations syndicales

C’est pourquoi les organisations syndicales CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, Solidaires et FSU ont adressé un appel commun aux députés afin qu’ils s’opposent à toute tentative de remise en cause du 1er mai et qu’ils réaffirment clairement le principe du repos obligatoire lors de l’examen de cette proposition de loi.

Télécharger l’article : 1er mai : une conquête sociale menacée

Source :

Courrier intersyndical CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, UNSA, Solidaires et FSU adressé aux députés concernant la proposition de loi relative au travail le 1er mai –

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