Derrière les discours des vœux 2026 du Medef, le patronat remet sur la table ses vieilles recettes : flexibiliser l’emploi et précariser la jeunesse, notamment à travers le projet de « CDI jeunes », largement dénoncé par la CGT et l’UNEF. © Sipa/Romuald Meigneux

✍️Par l’Intersyndicat CGT du champagne

📅 Publié le 10 février 2026

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Sous couvert de lutter contre le chômage des jeunes, le Medef remet sur la table un vieux projet patronal : affaiblir le contrat de travail et faciliter les licenciements. Derrière l’intitulé trompeur de « CDI jeunes », c’est une nouvelle attaque contre les droits des salariés qui se dessine, ciblant en priorité une jeunesse déjà fragilisée. Une proposition qui ravive le souvenir du CPE et qui suscite une opposition ferme de la CGT et de l’UNEF.

🎥En bas de la page la vidéo de l’entretien de Gaël De Santis et Franck Cartelet, journalistes à l’Humanité : comment le MEDEF veut précariser un peu plus les jeunes.

Un faux remède à un vrai problème social

Présenté comme une réponse pragmatique aux difficultés d’insertion professionnelle des jeunes, le « CDI jeunes » proposé par le Medef repose sur une logique profondément contestable. Sous un habillage sémantique rassurant, le patronat défend en réalité la création d’un contrat de travail spécifique, moins protecteur, permettant une rupture facilitée durant les premières années. Autrement dit, un contrat qui sécurise l’employeur, mais laisse le salarié dans une incertitude permanente.

Ce projet s’inscrit dans une vision strictement patronale de l’emploi, où le chômage des jeunes serait principalement lié à un excès de protections sociales. Une lecture idéologique qui évite soigneusement de poser les véritables questions : la faiblesse des salaires, la généralisation des contrats courts, la difficulté d’accès au logement et la dégradation continue des conditions de travail.

Le retour assumé d’une logique déjà rejetée

Cette proposition n’a rien de nouveau. Elle s’inscrit dans une longue série de tentatives visant à contourner le droit du travail au nom de l’emploi. En 2006 déjà, le Contrat Première Embauche avait été présenté comme une solution miracle au chômage des jeunes. Il permettait de licencier sans motif pendant les deux premières années du contrat, plaçant les jeunes salariés dans une insécurité permanente.

La réaction sociale avait été immédiate et massive. Étudiants, lycéens, jeunes travailleurs et organisations syndicales s’étaient mobilisés pendant plusieurs semaines. Ce mouvement d’ampleur avait mis en lumière une réalité simple : la précarité n’est pas un tremplin vers l’emploi stable, elle est un piège. Le retrait du CPE avait constitué une victoire sociale majeure, démontrant que la mobilisation collective pouvait faire reculer des projets profondément injustes.

Vingt ans plus tard, le Medef semble n’avoir tiré aucune leçon de cette séquence historique. En remettant en cause le principe même du CDI, il cherche à instaurer une hiérarchisation des droits entre salariés. Certains seraient pleinement protégés, d’autres devraient accepter un sous-statut au motif de leur âge. Une logique dangereuse, qui fragilise l’ensemble du salariat.

Une jeunesse déjà frappée de plein fouet par la précarité

Cette offensive patronale intervient dans un contexte social déjà extrêmement tendu. Les jeunes sont aujourd’hui parmi les premiers touchés par la hausse du coût de la vie. Accès au logement, transports, alimentation, énergie : tout augmente, sauf les salaires. Beaucoup enchaînent les contrats courts, l’intérim, les périodes de chômage ou les stages sous-payés, sans jamais accéder à une véritable stabilité.

Faire croire qu’un « CDI jeunes » sans réelle sécurité de l’emploi constituerait une avancée relève de l’illusion. Dans la réalité, ce type de contrat renforcerait l’insécurité déjà existante et placerait durablement les jeunes dans une situation de dépendance vis-à-vis de leur employeur.

Des conséquences très concrètes pour les jeunes salariés

Un contrat de travail dont la rupture est facilitée a des conséquences immédiates et concrètes. Comment se projeter dans la durée, louer un logement, contracter un prêt ou simplement organiser sa vie lorsque l’on peut être licencié sans motif réel ? Comment refuser des horaires abusifs, dénoncer des conditions de travail dégradées ou faire valoir ses droits lorsque la menace du licenciement plane en permanence ?

Ce type de contrat accentuerait mécaniquement le rapport de domination dans l’entreprise. Le jeune salarié serait placé dans une position de fragilité structurelle, dissuadé de toute contestation, de toute revendication collective, de toute démarche syndicale. Ce n’est pas seulement une précarité économique, mais aussi une précarité sociale et démocratique.

Au-delà des situations individuelles, c’est toute une génération qui serait durablement fragilisée. L’instabilité professionnelle retarde l’accès à l’autonomie, accentue les inégalités sociales et enferme de nombreux jeunes dans une dépendance prolongée, qu’elle soit familiale ou financière.

Le patronat refuse de parler salaires

Il est révélateur que ces propositions émergent toujours au moment où la question des salaires devient centrale. Inflation persistante, perte de pouvoir d’achat, difficultés à vivre de son travail : voilà la réalité quotidienne de millions de salariés, et en particulier des plus jeunes.

Plutôt que de répondre à cette urgence sociale par une augmentation générale des salaires et par des emplois réellement stables, le Medef préfère déplacer le débat et expliquer que le problème résiderait dans un droit du travail trop protecteur. Une inversion totale des responsabilités, qui fait porter aux jeunes le poids d’un système économique profondément déséquilibré.

Une opposition claire de la CGT et de l’UNEF

Face à cette nouvelle attaque, la CGT et l’UNEF ont exprimé une opposition ferme et sans ambiguïté. Pour les organisations syndicales et étudiantes, il n’est pas question d’accepter un dispositif qui ferait des jeunes une main-d’œuvre de seconde zone.

La CGT rappelle que chaque remise en cause du CDI affaiblit collectivement l’ensemble des salariés. L’UNEF alerte de son côté sur les conséquences à long terme d’une telle mesure, qui enfermerait une génération entière dans l’instabilité et retarderait durablement l’accès à une vie autonome.

D’autres choix sont possibles

L’emploi des jeunes mérite une autre ambition. Les solutions existent : renforcer le CDI, augmenter les salaires, sécuriser les parcours professionnels, encadrer strictement les contrats précaires et investir massivement dans la formation et l’emploi.

La précarité n’est pas une fatalité, c’est un choix politique. Comme en 2006, le mouvement social saura se mobiliser pour refuser une précarité déguisée en modernité. La jeunesse n’est pas un laboratoire d’expérimentation patronale.

 Télécharger l’article :  CDI « jeunes » : la précarité en héritage

Sources

NVO – Nouvelle Vie Ouvrière, « CDI et Smic jeunes : la CGT, les étudiants et la gauche vent debout contre la proposition du Medef »

– Communiqué de la CGT, « Non au CPE XXL »

🎥Vidéo de l’entretien de Gaël De Santis et Franck Cartelet, journalistes à l’Humanité : comment le MEDEF veut précariser un peu plus les jeunes.