Le 15 janvier 2026 à Reims, les salariés des établissements Moët & Chandon-Ruinart d’Épernay et Veuve Clicquot-Krug à Reims se rassemblent massivement à l’appel de la CGT pour refuser la suppression de la prime de participation, défendre leurs acquis collectifs et imposer un véritable partage des richesses face aux choix du groupe LVMH. © Jocelyn Doyen MHCS
✍️Par l’Intersyndicat CGT du champagne
📅 Publié le 16 janvier 2026
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Dans un contexte de profits toujours élevés pour les grandes maisons du Champagne, la suppression de la prime de participation fait figure de provocation sociale. À Reims, près de 600 salariés des maisons du groupe LVMH ont répondu massivement à l’appel de la CGT pour défendre leur pouvoir d’achat, leurs acquis collectifs et un véritable partage des richesses. Cette mobilisation inter-maisons marque un tournant dans le rapport de forces et ouvre une nouvelle séquence de lutte.
🎥 La vidéo complète des prises de parole syndicales et de la réunion d’information est disponible en bas de cet article.
À Reims, près de 600 salariés mobilisés contre la suppression de la participation et la dégradation du partage des richesses
Jeudi 15 janvier 2026, plusieurs centaines de salariés des maisons Moët & Chandon, Veuve Clicquot, Krug, Ruinart et Mercier se sont rassemblés à Reims à l’appel de la CGT. En cause : la suppression de la prime de participation au titre de l’année 2025, un recul social majeur qui représente pour de nombreux salariés une perte de revenu pouvant atteindre 15 à 30 % de leur rémunération annuelle. Cette mobilisation massive, inter-maisons, visible et déterminée, marque une nouvelle étape dans un conflit social qui dépasse la seule question d’une prime : c’est bien le partage de la richesse produite dans la filière Champagne et les choix stratégiques du groupe LVMH qui sont aujourd’hui au cœur des revendications.
Une mobilisation large, un signal fort envoyé aux directions
Le rassemblement s’est tenu devant la maison Veuve Clicquot à Reims. Selon la presse, entre 550 et 600 salariés étaient présents, issus de plusieurs sites et métiers. Cette mobilisation fait suite à deux premières journées d’action en décembre 2025 et confirme l’ancrage du mouvement dans la durée.
Pour la CGT Champagne, cette unité inter-maisons est déterminante. Face à un groupe mondial comme LVMH, aucune maison ne peut gagner seule. C’est bien la convergence des salariés, des sites et des métiers qui permet d’installer un rapport de forces crédible, capable d’imposer de véritables négociations.
Derrière la suppression de la participation, ce sont des choix de gestion assumés par la direction : application stricte de la formule légale malgré une situation financière solide, désendettement massif, capitaux propres élevés, et maintien de logiques de rentabilité financière au détriment du pouvoir d’achat des salariés. La CGT refuse que les salariés paient les arbitrages stratégiques d’un groupe qui continue par ailleurs à distribuer des dividendes.
Plusieurs médias nationaux et spécialisés ont relayé la mobilisation.
L’Union, via une dépêche AFP, souligne l’ampleur du rassemblement et rappelle que les salariés protestent contre la suppression de la prime de participation pour l’année 2025. Le journal rapporte également les revendications portées par les représentants CGT, notamment la demande de compensations via une amélioration de l’intéressement ou une prime de partage de la valeur, ainsi que la tenue d’une réunion de négociation programmée avec la direction.
La Revue du Vin de France, s’appuyant également sur une dépêche AFP, met en perspective le caractère historique de la décision, en rappelant que la prime de participation n’avait pas été supprimée depuis plusieurs décennies dans certaines maisons. L’article évoque les premières mobilisations de décembre et la montée progressive du conflit.
Basta! insiste sur l’impact concret pour les salariés, avec une perte de revenu pouvant représenter jusqu’à 30 % de la rémunération annuelle selon les cas et souligne que les propositions patronales restent largement insuffisantes au regard des efforts demandés aux salariés.
Enfin, Reuters, dans une version française reprise notamment par TradingView, indique que la CGT appelle à poursuivre les mobilisations afin de maintenir la pression sur la direction, celle-ci n’ayant toujours pas apporté de réponse satisfaisante aux revendications.
Si ces articles permettent de donner de la visibilité au conflit, ils restent souvent limités à une approche factuelle. Le rôle de la CGT est d’aller plus loin dans l’analyse politique, sociale et économique des choix opérés par LVMH dans la filière Champagne.
Les prises de parole syndicales : un diagnostic clair et des revendications assumées
Lors de la réunion d’information organisée pendant la mobilisation, plusieurs responsables CGT ont pris la parole pour expliquer les enjeux et structurer la mobilisation.
Joffrey Stocker, délégué syndical CGT Veuve Clicquot-Krug, a d’abord rappelé l’importance du soutien entre maisons et remercié les salariés de Moët&Chandon notamment les équipes mobilisées pour l’organisation logistique, ainsi que les élus des autres maisons de champagne venus soutenir le mouvement à l’appel de l’Intersyndicat CGT du champagne. Il a souligné que, malgré des résultats économiques qu’il juge corrects pour la maison au regard du contexte mondial, la direction s’oriente vers un non-versement de la participation, une première depuis plus de trente ans. Il a également alerté sur les conséquences des décisions de gouvernance prises au niveau du groupe, notamment la réduction des effectifs, les non-remplacements de postes et une logique de relance purement financière. Il a expliqué que les premières propositions patronales – 1 000 euros, puis 2 700 euros – ne compensent en rien la perte durable de participation et ne règlent pas le problème de fond, à savoir une formule de calcul devenue défavorable aux salariés. Il a insisté sur la nécessité d’un rapport de forces collectif et durable pour empêcher que la même situation ne se reproduise en 2026 et 2027.
Alexandre Rigaud, délégué syndical CGT Moët & Chandon-Ruinart, a salué la forte mobilisation comme une preuve de la légitimité des revendications. Il a rappelé que les premières avancées obtenues l’ont été uniquement grâce à la lutte, mais qu’elles restent très insuffisantes au regard des pertes subies depuis plus d’un an et demi. Il a dénoncé la logique de primes hiérarchisées, refusée par la CGT au nom de la solidarité entre salariés. Il a rappelé que la question de la participation est structurelle et nécessite une solution durable, et que les NAO à venir s’annoncent particulièrement difficiles dans un contexte d’inflation faible, ce qui rend d’autant plus nécessaire la mobilisation collective.
Eddy Mars, délégué syndical CGT Moët & Chandon-Ruinart, est intervenu sur la question de l’emploi et des conditions de travail. Il a réaffirmé la position claire de la CGT : chaque départ en retraite doit être remplacé par un CDI et non par des emplois précaires. Il a également alerté sur des pratiques managériales préoccupantes, évoquant un cas de pressions exercées sur un salarié et élu CGT, et rappelant que la défense des libertés syndicales et de la capacité des élus à s’exprimer sans crainte de sanction est un enjeu central du combat syndical.
Philippe Cothenet, délégué syndical CGT du vignoble Moët & Chandon et secrétaire adjoint de l’Intersyndicat CGT du Champagne, a replacé la mobilisation dans une perspective plus large. Il a rappelé que toutes les grandes luttes sociales dans la filière ont été gagnées par la force du nombre et de l’unité. Il a alerté sur les évolutions structurelles en viticulture – machine à vendanger, vignes-semi larges, remise en cause de la convention collective du champagne, notamment des classifications – qui posent des enjeux majeurs en matière d’emploi et de conditions de travail. Il a mis en garde contre les tentatives patronales de déplacer certaines négociations hors du cadre champenois, ce qui affaiblirait le rapport de forces local. Il a conclu en appelant à la vigilance, à la solidarité et au refus de la résignation.
Une bataille qui dépasse la seule question d’une prime
Pour la CGT Champagne, la suppression de la participation n’est pas un accident conjoncturel. Elle révèle une orientation stratégique où la rentabilité financière prime sur la reconnaissance du travail, sur l’emploi et sur le partage équitable de la richesse produite par les salariés.
Dans une filière qui continue de générer des marges importantes, où les prix des bouteilles augmentent, où les aides publiques et les soutiens structurels restent massifs, il est inacceptable que les salariés soient les variables d’ajustement. Ce conflit pose aussi la question du modèle social que les grandes maisons veulent imposer en Champagne.
La mobilisation du 15 janvier démontre que les salariés ne sont pas résignés et qu’ils entendent défendre collectivement leurs droits, leurs salaires et leur dignité.
Télécharger l’article : Grève MHCS : la colère monte dans les deux maisons de champagne
Sources
– L’Union – Près de 600 salariés de plusieurs maisons de champagne du groupe LVMH mobilisés à Reims–
La Revue du Vin de France (AFP) – Moët et Chandon : les salariés mobilisés contre la suppression de leurs primes https://www.larvf.com/moet-et-chandon-les-salaries-mobilises-contre-la-suppression-de-leurs-primes,4910522.asp
– Basta! – LVMH : nouvelle grève dans le Champagne https://basta.media/lvmh-nouvelle-greve-dans-le-champagne
