Fermetures de sites, plans de licenciements, désindustrialisation : derrière les ruines industrielles, des choix politiques qui privilégient la rentabilité financière au détriment de l’emploi et des territoires. © IA CGT champagne

✍️Par l’Intersyndicat CGT du champagne

📅 Publié le 05 janvier 2026

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La situation industrielle française n’est pas le fruit d’une fatalité économique. Elle est le résultat de choix politiques assumés, inscrits dans une logique néolibérale européenne et appliqués avec constance par les gouvernements français successifs. Cette stratégie organise la désindustrialisation du pays, affaiblit l’emploi et enrichit une minorité de grands groupes industriels et leurs actionnaires, au détriment de l’intérêt général.

Relancer l’industrie : un enjeu vital pour l’emploi et la souveraineté

Depuis plus de dix-huit mois, la CGT alerte sur l’ampleur de la casse industrielle en cours. Les chiffres désormais consolidés confirment une réalité brutale : des centaines de plans de suppressions d’emplois, plus de cent mille postes directement menacés ou supprimés, et jusqu’à trois cent mille emplois impactés en tenant compte des effets indirects et induits. Derrière ces chiffres, ce sont des sites industriels fermés, des savoir-faire détruits et des territoires durablement fragilisés.

Relancer l’industrie française n’est ni un slogan nostalgique ni un débat abstrait. C’est une nécessité économique, sociale et stratégique. L’industrie demeure le principal secteur créateur d’emplois durables, qualifiés et correctement rémunérés. Chaque emploi industriel supprimé entraîne une perte bien plus large pour l’économie locale, les services, la sous-traitance et les bassins de vie.

L’industrie est également un pilier essentiel de la souveraineté économique. Les crises sanitaires, les tensions géopolitiques et les guerres commerciales ont révélé la dépendance dangereuse de la France à des productions délocalisées. Médicaments, équipements stratégiques, alimentation, énergie : le pays a progressivement perdu sa capacité à répondre à ses propres besoins.

Enfin, la relance industrielle est indissociable de la transition écologique. Produire au plus près des lieux de consommation permet de réduire les transports, de maîtriser les procédés de fabrication et de garantir des normes sociales et environnementales élevées. La désindustrialisation actuelle est donc incompatible avec les objectifs climatiques affichés.

Un cadre européen qui organise la désindustrialisation

Cette situation s’inscrit dans un cadre européen fondé sur la primauté du marché et de la concurrence. Les règles européennes limitent volontairement l’intervention publique, entravent toute planification industrielle ambitieuse et réduisent l’industrie à une variable d’ajustement de la mondialisation.

Dans cette logique, l’industrie n’est jamais pensée comme un bien stratégique au service des besoins sociaux, de l’emploi et des territoires, mais comme une activité devant s’adapter en permanence aux exigences du marché mondial. Produire là où cela coûte le moins cher devient la norme, au détriment de l’emploi et de la souveraineté productive.

Un alignement assumé de l’État français sur la politique de l’offre

Le gouvernement français ne se contente pas d’appliquer ce cadre, il l’accompagne activement. Depuis plusieurs années, la politique de l’offre est présentée comme la seule voie possible : baisse du coût du travail, flexibilisation de l’emploi, facilitation des licenciements, plafonnement des indemnités prud’homales, recours massif aux ruptures conventionnelles collectives.

Jamais il n’a été aussi simple de supprimer des emplois en France. Dans le même temps, l’État a renoncé à toute stratégie industrielle cohérente. Il n’anticipe plus, n’organise plus et se contente d’intervenir lorsque les restructurations sont déjà décidées par les directions et les actionnaires.

Aides publiques massives et enrichissement des actionnaires

Chaque année, des centaines de milliards d’euros d’aides publiques sont versées aux entreprises. En 2024, ce montant atteignait 211 milliards d’euros. Ces aides sont distribuées sans contrôle réel, sans contreparties sur l’emploi, sans obligation de maintien des sites industriels ou d’investissement productif.

Parallèlement, les grands groupes industriels n’ont jamais autant enrichi leurs actionnaires. Les marges des entreprises ont fortement progressé au cours des dix dernières années, tandis que les dividendes versés ont augmenté bien plus vite que l’investissement. Une part croissante de la richesse produite est ainsi captée par le capital, pendant que l’emploi est sacrifié et que l’outil industriel est affaibli.

Ce mécanisme n’est pas une dérive du système : il en constitue le cœur. L’argent public finance la rentabilité financière, pas l’industrie ni le travail.

Champagne : quand une filière de luxe s’engage dans une dérive dangereuse

La filière Champagne, pleinement intégrée à l’industrie du luxe, n’échappe pas à ces logiques. Depuis plusieurs années, elle mène une stratégie assumée de réduction des coûts qui fragilise l’identité même du Champagne, tout en imposant une hausse forte et continue de ses prix de vente, sans justification économique ou sociale sérieuse. En l’espace de quelques années, le prix moyen de la bouteille a ainsi progressé d’environ 40 %, sans que cette augmentation ne se traduise par une amélioration des salaires, de l’emploi ou des investissements productifs.

Dans le même temps, en cherchant à aligner ses méthodes de production et d’organisation sur celles d’autres vins effervescents positionnés sur des segments inférieurs, la filière remet en cause ce qui fonde sa valeur : la qualité du produit, les savoir-faire et les temps longs de production, au profit d’une logique financière de court terme. Cette orientation tend à expliquer en partie la chute significative des volumes de vente, passés d’environ 320 millions de bouteilles à moins de 270 millions, dans un contexte global de baisse de la consommation mondiale. Pendant que certains concurrents misent sur la montée en gamme et la qualité, le Champagne s’engage dans une logique de standardisation et de compression des coûts qui affaiblit son positionnement.

Cette stratégie se traduit également par une précarisation croissante de l’emploi. Le recours massif à la sous-traitance et aux prestations de services s’étend désormais à l’ensemble du processus de production. Ce mouvement permet de contourner progressivement la convention collective du Champagne en externalisant des activités auparavant réalisées par des salariés relevant directement de la branche. Les droits collectifs, les classifications et les grilles de salaires sont ainsi affaiblis sans remise en cause frontale, mais par contournement organisé. Dans le même temps, les négociations annuelles obligatoires s’inscrivent de plus en plus dans une logique de pression salariale, alors même que les groupes du luxe continuent de dégager des marges élevées et de verser des dividendes importants.

Changer de cap est une urgence

Pour la CGT, la situation industrielle actuelle n’est ni conjoncturelle ni accidentelle. Elle est le produit de choix politiques assumés, inscrits dans une logique néolibérale européenne et déclinés au niveau national depuis plusieurs décennies. La multiplication des plans de suppressions d’emplois, la fermeture de sites industriels et la perte de souveraineté productive en sont les conséquences directes.

Face à cette situation, la CGT affirme qu’un changement de cap est indispensable. Relancer l’industrie ne peut se limiter à des annonces ou à des aides publiques sans contreparties. Cela suppose de remettre l’emploi, les salaires, les qualifications et l’outil industriel au cœur des politiques économiques, et de rompre avec une logique qui privilégie la rentabilité financière et la rémunération des actionnaires. Sans rupture avec les politiques actuelles, la désindustrialisation se poursuivra, aggravant la précarisation de l’emploi, l’affaiblissement des territoires et la dépendance économique du pays. C’est pourquoi la CGT continuera à porter ces exigences au niveau national, dans les entreprises, dans les branches et dans le débat public, afin de défendre une industrie au service du travail, de l’intérêt général et de l’avenir collectif.

Télécharger l’article : Industrie : une casse organisée, un choix politique assumé

Source :

La CGT.fr : « Industrie : la situation est catastrophique »

La CGT.fr : « Alerte industrie : 18 mois après, où en sommes-nous ? »

La CGT.fr : « Brandt : communiqué des organisations CGT au sujet de l’avenir du groupe et des sites industriels »