Salariés en grève devant les grilles de GH Mumm à Reims, le 9 avril 2026, pendant que la maison prépare la célébration des 150 ans du Cordon Rouge : un contraste saisissant entre le prestige affiché et la réalité sociale vécue. © CGT champagne

✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne

📅 Publié le 10 avril 2026

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Alors que la maison Mumm célèbre en grande pompe les 150 ans de sa cuvée emblématique Cordon Rouge, les salariés, eux, se mobilisent pour leurs salaires et leurs conditions de travail. Le 9 avril 2026, vignobles, caves et production se sont mis en grève devant le site de Reims. Une mobilisation qui met en lumière un contraste de plus en plus insupportable entre l’image d’excellence affichée et la réalité sociale vécue.

Une grève au pied des grilles… pendant que la fête se prépare

Jeudi matin, plusieurs dizaines de salariés se sont rassemblés devant les grilles du site GH Mumm, rue du champ de Mars à Reims, à l’appel des syndicats CGT et FO. Plus d’une cinquantaine de salariés étaient présents, tandis que de nombreux autres avaient cessé le travail.

Le symbole est fort. D’un côté, des salariés maintenus à l’extérieur, en grève, exprimant leur colère. De l’autre, une maison en pleine préparation d’un événement prestigieux autour des 150 ans du Cordon Rouge, avec réception, invités et mise en scène de l’excellence. Ce contraste n’a échappé à personne.

Il est même devenu central dans les prises de parole : comment célébrer l’histoire et le prestige d’une maison tout en laissant celles et ceux qui la font vivre sans réponse face à leurs revendications ?

Salaires : des propositions vécues comme une provocation

Au cœur du conflit, les négociations annuelles obligatoires sont jugées très loin des attentes. Les salariés dénoncent une augmentation générale de 0,9 %, alignée sur les négociations de branche, alors même que l’inflation et le coût de la vie continuent de peser lourdement. Les mesures complémentaires ne passent pas mieux : augmentations individuelles limitées, primes marginales, dispositifs d’intéressement sans effet immédiat.

Dans les faits, les salariés constatent une perte continue de pouvoir d’achat. Une situation qui alimente un phénomène dénoncé clairement par les syndicats : la smicardisation progressive de la profession.

Des résultats, mais pas de reconnaissance

Ce qui alimente encore davantage la colère, c’est le décalage entre les résultats des maisons et les réponses apportées aux salariés. Les prises de parole ont rappelé que, malgré les difficultés avancées par la direction, les résultats restent positifs. Dans le même temps, les effectifs ont fortement diminué.

Chez Mumm, un tiers des postes a été supprimé en moins de deux ans. Chez Perrier-Jouët, les équipes de production sont désormais réduites à une poignée de salariés. Les conséquences sont concrètes : désorganisation, surcharge de travail, perte de savoir-faire et dégradation des conditions de travail.

« Une cuvée sous pression » : le message des syndicats

Le tract intersyndical est sans ambiguïté. À l’approche des 150 ans du Cordon Rouge, symbole d’excellence et de fierté collective, les organisations syndicales dénoncent un contraste saisissant. Elles décrivent un climat social qui ressemble davantage à « une cuvée sous pression, privée d’air et d’écoute ».

Cette formule résume à elle seule la situation : derrière l’image soignée et internationale des grandes maisons, la réalité sociale se tend, au point de faire éclater la colère.

Mépris, dialogue bloqué et sentiment d’injustice

Au fil des interventions, un constat revient : celui d’un dialogue social en panne. Les salariés expliquent ne pas se sentir entendus. La grève est vécue comme un recours contraint, faute d’avancées dans les discussions.

Le sentiment de mépris est renforcé par le décalage entre les discours internes sur l’engagement, la performance ou l’agilité, et l’absence de reconnaissance concrète. La question du mérite, notamment à travers les augmentations individuelles, est également vivement critiquée, perçue comme un outil de mise en concurrence des salariés plutôt que de reconnaissance collective.

Une logique globale remise en cause

Pour l’Intersyndicat CGT du Champagne, cette situation dépasse largement le cadre de l’entreprise. Elle s’inscrit dans une stratégie plus globale, où les négociations de branche tirent les salaires vers le bas, malgré des résultats économiques solides dans la filière.

Les représentants syndicaux rappellent que la Champagne reste un secteur très rentable, avec des groupes puissants et des dividendes importants. Dans ce contexte, la question du partage des richesses est posée frontalement.

L’unité et la lutte comme seules réponses

Face à ce blocage, les organisations syndicales appellent clairement à l’unité. Les prises de parole insistent sur un point : rien ne s’obtient sans rapport de force. Les avancées sociales dans la filière ont toujours été arrachées par la mobilisation collective. La journée du 9 avril constitue donc un avertissement. Un signal envoyé aux directions : les salariés ne se contenteront plus de mesures symboliques.

Une mobilisation appelée à s’inscrire dans la durée

Cette grève pourrait marquer le début d’un mouvement plus large. Dans un contexte de tensions sociales croissantes dans la filière Champagne, la question des salaires, des effectifs et du respect des salariés est désormais posée avec force.

Et le message est clair : une maison ne peut pas célébrer son prestige à l’extérieur si, à l’intérieur, la confiance disparaît.

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– L’article : « Cordon Rouge en fête, salariés en colère : la grève éclate chez Mumm et Perrier-Jouët »

– Le tract intersyndical Mumm / VMPJ / Perrier-Jouët : « NAO 2026 : des propositions loin des attentes des salariés »