Affaire des « vendanges de la honte » : rappel des faits lors du procès en appel à Reims. En 2023, des vendangeurs recrutés sur de fausses promesses ont été exploités dans des conditions indignes. La principale condamnée a fait appel. © Basta !
✍️Par l’Intersyndicat CGT du champagne
📅 Publié le 21 janvier 2026
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À l’approche du procès en appel de l’affaire dite des « vendanges de la honte » 2023, la CGT Champagne souhaite faire un rappel de faits. Cette affaire a mis au jour des pratiques d’une extrême gravité : exploitation de travailleurs précaires, hébergement indigne, conditions de travail dégradées, pressions et menaces, dans un contexte de sous-traitance généralisée. La principale condamnée, Mme Svetlana Goumina, ayant fait appel, la CGT du Champagne s’est constituée partie civile, aux côtés de la CGT confédérale, de l’Union départementale CGT de la Marne et de la FNAF CGT. Un rassemblement est organisé devant la Cour d’appel de Reims afin d’affirmer la solidarité syndicale avec les victimes et rappeler que ces pratiques n’ont pas leur place dans la filière Champagne.
🎥La vidéo du reportage réalisée par « Le Média » est disponible en bas de cet article
Ce que recouvre l’affaire des vendanges de la honte : retour sur les faits de septembre 2023
Les faits remontent au 9 septembre 2023, dans la commune de Nesle-le-Repons, au cœur du vignoble marnais. Une intervention de la gendarmerie, déclenchée initialement pour des nuisances sonores, conduit à la découverte d’une situation alarmante : plusieurs dizaines de travailleurs saisonniers d’origine étrangère vivent entassés dans des bâtiments insalubres, sans eau chaude, avec des installations sanitaires dégradées et des couchages précaires.
Les rapports transmis au parquet décrivent des pièces surchargées, certaines regroupant plusieurs dizaines de matelas posés à même le sol, un manque d’hygiène manifeste et un climat de crainte parmi les travailleurs. Cinquante-sept personnes sont recensées par les forces de l’ordre. Quarante-sept d’entre elles déposeront plainte, notamment pour traite d’êtres humains.
Des conditions de travail et de vie indignes, confirmées par les témoignages
Les témoignages recueillis au cours de l’enquête décrivent une organisation quotidienne marquée par la contrainte et la précarité. Chaque matin, avant l’aube, les travailleurs sont transportés en camionnettes vers les parcelles de vignes, parfois enfermés à l’arrière des véhicules, sans sièges ni ouvertures, dans des conditions de sécurité inexistantes.
Les journées de travail sont longues, sous une pression permanente liée aux objectifs de rendement. Les vendangeurs doivent remplir plusieurs centaines de cagettes par jour, sous surveillance constante. L’alimentation est insuffisante, parfois limitée à un sandwich froid pour toute la journée. Les conditions d’hébergement ne permettent aucun repos réel.
Plusieurs victimes évoquent des insultes, des intimidations, des menaces, et parfois l’usage d’objets destinés à faire peur lorsqu’elles réclament à manger ou contestent leurs conditions. La rémunération promise lors du recrutement n’est, pour beaucoup, jamais versée ou seulement partiellement.
Un recrutement organisé et un système de sous-traitance en cascade
Les travailleurs ont été recrutés principalement en région parisienne, via des réseaux informels et des annonces circulant dans des foyers de travailleurs. Il leur était promis deux semaines de travail, une rémunération de 80 euros par jour, un hébergement digne et un transport organisé.
La réalité est tout autre. La majorité des victimes se retrouve isolée, sans ressources, dépendante entièrement de l’organisation mise en place par le prestataire.
La société au centre du dossier est la société Anavim, dirigée par Mme Svetlana Goumina. Cette entreprise fournit des prestations agricoles à différents exploitants et viticulteurs dans un schéma de sous-traitance permettant aux donneurs d’ordre de se tenir à distance directe des conditions réelles de travail. Ce type d’organisation favorise une dilution des responsabilités et un affaiblissement des contrôles.
Selon les éléments de procédure, une partie des recrutements a été réalisée par des intermédiaires proches de la dirigeante. Sur les cinquante-sept victimes recensées, quarante-sept étaient en situation administrative irrégulière.
Une filière prospère, des pratiques sociales qui interrogent
Cette affaire met en lumière un contraste brutal entre la prospérité économique de la filière Champagne et la réalité sociale vécue par une partie de sa main-d’œuvre saisonnière. Le champagne génère plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires chaque année et bénéficie d’une image internationale de luxe et de tradition.
Pourtant, les tribunaux sont régulièrement saisis de dossiers de traite d’êtres humains, d’hébergement indigne et d’exploitation de travailleurs lors des vendanges. Des condamnations ont déjà été prononcées par le passé et plusieurs procédures restent en cours. Ces situations traduisent un modèle économique fondé sur la sous-traitance, la pression sur les coûts et l’insuffisance des contrôles.
Des condamnations en première instance, un appel aujourd’hui examiné
En première instance, les prévenus ont été condamnés à des peines allant de deux ans d’emprisonnement avec sursis à quatre ans de prison ferme pour la principale accusée. Une décision judiciaire forte au regard de la gravité des faits.
Mme Svetlana Goumina a interjeté appel de cette condamnation. Le procès en appel se tient les 21 et 22 janvier 2026 devant la Cour d’appel de Reims.
La CGT du Champagne s’est constituée partie civile dans ce dossier, aux côtés de la CGT confédérale, de l’Union départementale CGT de la Marne et de la FNAF CGT, afin de défendre les victimes et de faire reconnaître la responsabilité plus large du système qui permet ces dérives.
Une mobilisation CGT pour soutenir les victimes et faire vivre le rapport de force
Un rassemblement est organisé devant la Cour d’appel de Reims à partir de 9 heures afin d’affirmer la solidarité syndicale avec les travailleurs victimes de traite d’êtres humains.
Ce rassemblement vise à articuler la défense des victimes avec les combats syndicaux pour des conditions de travail dignes, des contrôles renforcés et une responsabilité réelle des donneurs d’ordre.
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