Intervention militaire à Caracas : des hélicoptères survolent la ville tandis que des incendies sont visibles à proximité de bâtiments institutionnels. Une image illustrant l’usage de la force armée dans un contexte de crise politique et géopolitique majeure. © Archives Reuters
✍️Par l’Intersyndicat CGT du champagne
📅 Publié le 07 janvier 2026
⏱️Temps de lecture 4 minutes
Le 3 janvier 2026, les États-Unis sont intervenus militairement au Venezuela. Une fois encore, les justifications officielles mobilisent un vocabulaire bien rodé : lutte contre le trafic de drogue, défense de la démocratie, sécurité internationale. Pour la CGT Champagne, ces éléments fallacieux ne suffisent pas à comprendre ce qui se joue réellement. Cette intervention s’inscrit dans un ensemble de rapports de force économiques, énergétiques et monétaires qui structurent l’ordre mondial depuis plusieurs décennies. Loin des récits simplistes, il s’agit d’analyser les logiques profondes d’un système qui recourt de plus en plus à la contrainte pour se maintenir.
Des justifications politiques qui ne tiennent pas seules
Aucune des raisons officiellement avancées ne permet, à elle seule, d’expliquer une intervention militaire d’une telle ampleur. Le Venezuela ne constitue ni une menace militaire pour les États-Unis, ni un foyer majeur du trafic de drogue à destination du territoire américain. Quant à la question démocratique, elle est invoquée de manière sélective, selon les intérêts géopolitiques du moment.
Ces éléments relèvent d’un constat désormais classique : les discours humanitaires ou sécuritaires servent régulièrement à légitimer des décisions prises dans d’autres sphères, notamment économiques et stratégiques. Les prendre pour argent comptant empêche de comprendre les ressorts réels des conflits contemporains.
Le rôle central des ressources énergétiques
Le Venezuela détient les plus importantes réserves de pétrole prouvées au monde. Cette donnée objective pèse lourdement dans les rapports de force internationaux. L’histoire récente montre que les régions riches en ressources stratégiques sont particulièrement exposées aux pressions, aux sanctions et aux interventions.
Mais le pétrole, à lui seul, n’explique pas tout. Ce sont les choix politiques liés à son exploitation, à sa commercialisation et à son insertion dans le système économique mondial qui constituent un point de tension majeur. En affirmant sa souveraineté sur ses ressources, le Venezuela s’est heurté aux intérêts des grandes puissances économiques et des multinationales de l’énergie.
La question monétaire dans un système globalisé
Depuis les années 1970, le commerce international de l’énergie repose largement sur le dollar. Ce fait structure l’économie mondiale. Il confère aux États-Unis un avantage déterminant, en leur permettant de financer déficits et dépenses sans dépendre uniquement de leur production réelle.
Remettre en cause cette organisation monétaire ne signifie pas provoquer mécaniquement une guerre. En revanche, cela modifie les équilibres existants. Lorsque plusieurs États cherchent à diversifier leurs échanges, à utiliser d’autres monnaies ou à construire des circuits financiers alternatifs, ils contribuent à une transformation progressive de l’ordre établi.
Le Venezuela s’inscrivait dans cette dynamique, aux côtés d’autres pays cherchant à réduire leur exposition aux sanctions et à la domination monétaire américaine. Cette orientation n’est ni isolée ni clandestine : elle est débattue publiquement dans de nombreux espaces internationaux.
Une dynamique mondiale de recomposition
La remise en cause partielle du dollar ne repose pas sur une volonté unique ou coordonnée, mais sur une accumulation de décisions prises par différents États, en fonction de leurs intérêts propres. La Russie, la Chine, l’Iran et d’autres pays développent des alternatives pour sécuriser leurs échanges et protéger leur économie.
Cette recomposition est lente, inégale et contradictoire. Elle ne signifie ni l’effondrement imminent du dollar, ni l’émergence automatique d’un nouvel ordre plus juste. Elle traduit simplement l’évolution des rapports de force dans un monde multipolaire, où les instruments de domination traditionnels sont de plus en plus contestés.
Dans ce contexte, chaque pays riche en ressources et engagé dans une politique de souveraineté économique devient un point de tension potentiel.
La contrainte comme symptôme d’un système sous tension
L’intervention militaire contre le Venezuela ne doit pas être analysée comme l’exécution d’un plan secret ou d’une stratégie parfaitement maîtrisée. Elle révèle au contraire les contradictions d’un système économique mondialisé confronté à ses propres limites.
Lorsque les instruments financiers, diplomatiques et commerciaux ne suffisent plus à imposer un ordre donné, la contrainte prend le relais. Sanctions, blocus, menaces, puis intervention armée : cette gradation est désormais bien documentée dans les relations internationales contemporaines.
Ce recours à la force n’est pas le signe d’une toute-puissance, mais celui d’un rapport de force instable, où la domination doit être sans cesse réaffirmée.
Les peuples et les travailleurs comme variables d’ajustement
Comme toujours, ce sont les populations civiles qui paient le prix de ces affrontements. Derrière les discours géopolitiques se cachent des réalités sociales brutales : destruction des infrastructures, effondrement des services publics, paupérisation, exil forcé.
Ces logiques ne concernent pas uniquement les pays directement touchés par la guerre. Elles alimentent, à l’échelle mondiale, des politiques d’austérité, de mise en concurrence des travailleurs et de compression des droits sociaux.
Comprendre les guerres, c’est aussi comprendre les ressorts économiques qui pèsent sur le travail, l’emploi et les conditions de vie.
Refuser la guerre, refuser l’ordre qui la produit
Pour la CGT Champagne, il ne s’agit ni de défendre un gouvernement ni de s’aligner sur un camp géopolitique. Il s’agit de refuser un système international fondé sur la prédation des ressources, la domination monétaire et le recours à la violence comme outil de régulation.
La solidarité entre les peuples et les travailleurs, le respect de la souveraineté des nations et la remise en cause des logiques impérialistes sont indissociables des luttes sociales. La paix n’est pas un slogan moral : elle est une condition fondamentale de la justice sociale.
Télécharger l’article : Venezuela : l’opération militaire illégale du 3 janvier 2026.
