Malgré les accusations fallacieuses d’idéologie d’extrême droite, l’Intersyndicat CGT se rendra au congrès pour porter les voix des salariés du Champagne.
✍️Par l’Intersyndicat CGT du champagne
📅 Publié le 16 février 2026
⏱️Temps de lecture 9 minutes
À quelques semaines du congrès de la FNAF-CGT, un courrier du Comité exécutif fédéral met gravement en cause l’Intersyndicat CGT du Champagne, allant jusqu’à évoquer des procédés s’apparentant à des méthodes fascisantes et à des logiques d’extrême droite. Au-delà de la violence des accusations, une question centrale se pose : pourquoi une telle escalade à ce moment précis ?
🎥 Voir le clip vidéo « les vendanges de la honte » en bas de l’article
D’une interrogation politique légitime à une mise en cause idéologique
Depuis la réunion du 14 octobre entre le secrétaire général de la FNAF-CGT et le secrétariat de l’Intersyndicat CGT du Champagne, une dynamique de tension s’est installée. À ce moment-là, nous étions dans une phase d’interrogation sur les modalités de notre participation au congrès fédéral et sur la question de la reconduction d’une direction condamnée. Les courriers successifs envoyés par la FNAF ont progressivement durci le ton, transformant une interrogation politique légitime en mise en cause idéologique. Nous refusons les amalgames et souhaitons rétablir les faits.
Un courrier d’une gravité exceptionnelle
Le 6 février 2026, le Comité exécutif fédéral de la FNAF-CGT adresse aux syndicats CGT du Champagne un courrier mettant en cause le secrétaire général de l’Intersyndicat et son secrétariat. Les termes employés sont lourds : assimilation à des « méthodes fascistes », soupçon de reprise de la théorie du « grand remplacement », mise en cause de l’orientation idéologique du secrétariat de l’Intersyndicat.
Ces accusations ne relèvent pas d’un simple désaccord stratégique. Elles visent à disqualifier moralement une organisation avant un rendez-vous statutaire majeur.
Les mots ont un sens. La CGT a payé un lourd tribut face au fascisme. Assimiler un débat interne à une dérive fasciste constitue une banalisation grave de notre histoire collective.
Une escalade progressive depuis le 14 octobre
Le courrier du 6 février ne constitue pas un épisode isolé.
Les tensions se sont progressivement installées à la suite de la réunion du 14 octobre entre le secrétaire général de la FNAF-CGT et le secrétariat de l’Intersyndicat CGT du Champagne. Lors de cette rencontre, notre organisation a exprimé des interrogations sur la perspective de reconduction de la direction fédérale lors du prochain congrès, au regard des condamnations intervenues pour détournement et usage irrégulier de fonds et de biens de la fédération. Cette position, formulée dans le cadre d’un échange interne, a marqué le point de départ d’une séquence de mises en cause de plus en plus appuyées.
À partir de cette prise de position, le ton des échanges s’est durci.
Dans une déclaration fédérale datée du 27 novembre 2025, la FNAF dénonçait des « opérations de déstabilisation » et évoquait une « mutinerie » lors du congrès. Dans un nouveau courrier datée du 4 décembre 2025, elle mettait en cause nos comptes rendus de réunion de la commission exécutive et nos positions, laissant entendre une volonté de « faire tomber la direction actuelle ».
Puis, un nouveau seuil était franchi. Le courrier du 6 février 2026 faisait de nouveau état d’une prétendue volonté du secrétariat de l’Intersyndicat de venir troubler le congrès fédéral en se présentant avec une trentaine de personnes non déléguées, en plus des onze délégués officiellement validés par la fédération.
Il y était également affirmé que, derrière cette initiative, se cacherait la volonté d’empêcher tout débat syndical et d’organiser une « mutinerie » afin de « faire tomber la direction fédérale actuelle », des agissements présentés comme n’ayant pas leur place dans la Cgt. Le texte allait plus loin encore en assimilant des propos internes à la théorie du « grand remplacement » et en qualifiant le secrétariat actuel comme « ouvertement porteur des idées d’extrême droite ».
La chronologie est claire : une divergence politique exprimée le 14 octobre, suivie d’une montée en intensité des accusations jusqu’à la disqualification idéologique.
Un climat de suspicion qui détourne le débat
Au fil des écrits fédéraux, une rhétorique s’installe : il serait question d’« opérations », de « manœuvres », de tentative de « faire tomber » la direction, voire d’entreprise organisée contre la fédération.
Ces termes ne relèvent pas du débat syndical ordinaire. Ils suggèrent l’existence d’un projet caché, complotiste, ainsi que d’une stratégie coordonnée.
Or nos positions ont été exprimées publiquement, en réunion statutaire, et consignées dans des comptes rendus diffusés aux syndicats. Il n’y a ni secret, ni arrière-plan dissimulé. Il y a une divergence politique assumée.
Transformer une prise de position sur la reconduction d’une direction et de son Commision Economique Fédérale sur l’orientation de la fédération en soupçon d’opération organisée revient à déplacer le débat du terrain des idées vers celui de la suspicion.
La démocratie syndicale suppose la confrontation argumentée. Elle ne peut fonctionner si toute critique devient, par principe, une tentative de déstabilisation.
Une assimilation idéologique infondée
Le courrier du 6 février marque un nouveau tournant en citant des extraits de comptes rendus internes pour soutenir que certains propos du secrétaire général relèveraient de la théorie dite du « grand remplacement ».
Cette assimilation opère un glissement délibéré : d’une analyse critique des évolutions du marché du travail vers une filiation idéologique avec l’extrême droite.
Le « grand remplacement » est une théorie raciste fondée sur la hiérarchisation ethnique de la société. Assimiler une analyse syndicale des stratégies patronales à cette théorie revient à attribuer une intention idéologique qui n’a jamais été revendiquée ni assumée.
Analyser les mécanismes de précarisation, de sous-traitance et de mise en concurrence du salariat ne revient pas à hiérarchiser les travailleurs selon leur origine. Cela revient à dénoncer des stratégies économiques qui fragmentent le monde du travail.
S’agissant d’accusations d’une telle gravité, évoquant une prétendue proximité avec des thèses d’extrême droite, les membres du secrétariat de l’Intersyndicat s’interrogent : pourquoi la FNAF n’a-t-elle pas abordé ces sujets lors de la réunion du 14 octobre ? Pourquoi n’a-t-elle pas saisi la commission confédérale de lutte contre l’extrême droite, seule instance compétente pour examiner ce type d’allégations au regard des statuts et du fonctionnement interne de la CGT ? Pourquoi avoir choisi de diffuser, le 13 février dernier, ces imputations directement auprès des délégués syndicaux des maisons de champagne, sans saisine préalable de l’instance compétente, sans instruction contradictoire et sans respect des principes élémentaires du contradictoire et de la loyauté procédurale ?
Ces interrogations sont d’autant plus légitimes que le courrier affirme qu’il ne s’agirait pas de « réclamer des têtes », mais de « sauver la CGT dans le Champagne », en qualifiant le secrétariat actuel d’« ouvertement porteur des idées d’extrême droite » et en laissant entendre que les camarades seraient « envoyés dans le mur. Une telle mise en cause publique, diffusée sans procédure ni débat contradictoire, pourrait-elle réellement être considérée comme une simple divergence politique ? Ne s’apparenterait-elle pas plutôt à une tentative de déstabilisation organisée, visant à provoquer l’implosion de l’Intersyndicat à la veille du congrès afin d’en prendre le contrôle ?
Au-delà de cette interrogation politique, la gravité des imputations formulées — qui portent atteinte à l’honneur, à la considération et à la probité du secrétaire général, du secrétariat et, plus largement, de l’Intersyndicat — n’est pas sans conséquence sur le plan juridique. De telles accusations sont susceptibles de relever de qualifications juridiquement répréhensibles. En conséquence, nous nous réservons expressément le droit d’engager toute action utile, y compris sur le fondement des dispositions relatives à la diffamation et à l’atteinte à la réputation.
En outre, dès lors que la FNAF n’a pas saisi l’instance compétente, nous avons procédé nous-mêmes à la saisine formelle de la commission confédérale de lutte contre l’extrême droite. Celle-ci sera invitée à examiner, sur pièces et dans le respect du contradictoire, l’ensemble de nos prises de position, de nos actions et de notre pratique syndicale. Il lui appartiendra d’apprécier, en toute indépendance, si celles-ci peuvent objectivement être assimilées, de près ou de loin, à des positions relevant de l’extrême droite.
Les faits : notre engagement auprès des saisonniers étrangers
L’accusation est d’autant plus incohérente qu’elle contredit frontalement notre action concrète.
Depuis les vendanges 2018, l’Intersyndicat CGT du Champagne est en première ligne dans la lutte contre l’exploitation des travailleurs saisonniers venus faire les vendanges, dont une part importante est composée de salariés étrangers.
Nous nous sommes constitués partie civile dans l’affaire dite des « vendanges de la honte », aux côtés des victimes de traite d’êtres humains
Nous avons organisé, le 19 juin 2025, la logistique des rassemblements devant le tribunal de Châlons-en-Champagne dans le cadre du procès des « vendanges de la honte », tandis que, ce même jour, une délégation de l’Intersyndicat CGT du Champagne participait à Strasbourg à une journée nationale de formation organisée par la Miprof, Mission interministérielle pour la protection des femmes et la lutte contre la traite des êtres humains.
L’Intersyndicat CGT du champagne a également, le 16 novembre 2023, remis un chèque de 1 000 € à Sabine Duménil, secrétaire générale de l’UD CGT de la Marne, chargée de remettre ce don au collectif CGT « Avenir social » au soutien des vendangeurs de Nesle le Repons, victimes d’exploitation et de traite d’humains
Nous avons participé au rassemblement devant la cours d’appel de Reims, le 21 janvier dernier lors du procès en appel des « vendanges de la honte ».
Nous sommes la seule structure CGT à s’être porter partie civile dans le procès de l’affaire des vendanges 2023 à Mourmelon-le-Petit, où près d’une centaine de vendangeurs ukrainiens ont été découverts entassés dans un immeuble insalubre.
Nous avons soutenu publiquement toutes les procédures judiciaires ayant conduit à des condamnations pénales lourdes.
Chaque année, lors des campagnes de vendanges, notre caravane sillonne les vignobles. Des tracts d’information sont distribués en huit langues afin que chaque travailleur, quelle que soit son origine, puisse connaître ses droits.
Nous dénonçons publiquement les systèmes d’exploitation reposant sur la dépendance économique, la vulnérabilité administrative ou sur la barrière de la langue.
L’extrême droite divise le salariat selon la nationalité. Notre action vise à unir les travailleurs autour de droits communs.
Les faits parlent d’eux-mêmes.
(Voir ci-dessous les articles qui en témoignent et plus encore sur notre site internet : https://www.cgtchampagnereims.fr/)
Rassemblement des élus de la CGT champagne cet après-midi (16 novembre 2023) à Epernay
La CGT du champagne formée et mobilisée pour les salaires et contre l’esclavagisme moderne
La CGT manifeste à Épernay pour réclamer le paiement des salaires des vendangeurs de Nesle le Repons
ARTE regards : Champagne : l’envers d’un terroir
Manifestation de la CGT lors de la célébration des 120 ans du SGV
« Vendanges de la honte » : la CGT en première ligne au procès à Châlons-en-Champagne
Traite des êtres humains : retour sur la participation de la CGT Champagne au MIPROF à Strasbourg
Une question de cohérence syndicale
Refuser la reconduction d’une direction condamnée, ainsi que de l’ensemble de sa Commission exécutive fédérale qui en assume et en cautionne les responsabilités au regard de faits liés à la gestion de fonds fédéraux, ne saurait être assimilé à une « attaque » contre l’organisation.
C’est une position politique assumée, fondée sur une exigence de cohérence et de crédibilité.
La CGT ne peut exiger la probité du patronat et des institutions publiques sans s’appliquer à elle-même les mêmes exigences.
Le débat aurait pu porter sur la transparence, sur les orientations, sur l’avenir fédéral. Il a été déplacé vers la disqualification morale.
Le congrès doit rester un espace de débat
À l’approche du congrès fédéral, notre choix est clair : celui du débat argumenté, franc et contradictoire. Nous participerons au congrès avec nos analyses, nos propositions et notre expérience de terrain. C’est ainsi que fonctionne une organisation démocratique, fondée sur la confrontation des idées et le respect des mandats issus des syndicats.
Nous refusons les caricatures, les amalgames et les procès d’intention. Le débat syndical ne peut être remplacé par des procès d’intention. Il mérite rigueur, responsabilité et loyauté dans l’expression des désaccords.
L’Intersyndicat CGT du Champagne continuera, pour sa part, de défendre sans ambiguïté l’égalité des droits, la solidarité internationale et la lutte contre toutes les formes d’exploitation et de traite d’humains.
Dans le même temps, les soutiens se multiplient à tous les niveaux de la CGT, et tout particulièrement au sein des sections syndicales CGT des maisons de champagne. De nombreux témoignages nous parviennent, faisant état d’un profond étonnement et d’une vive colère face à la réception d’un tel courrier de la FNAF. Beaucoup y voient non seulement une mise en cause injustifiable et une atteinte au débat syndical, mais aussi une atteinte directe à la probité du secrétaire général et du secrétariat de l’Intersyndicat, ainsi qu’une tentative manifeste de fragiliser, voire de détruire l’Intersyndicat lui-même. Ces accusations sont perçues comme portant atteinte à la légitimité démocratique des mandats et comme entachant les voix de tous les adhérents que la délégation est appelée à représenter au prochain congrès.
C’est dans ce contexte qu’une motion de soutien a été adressée aux délégués syndicaux des sections syndicales CGT des maisons de champagne afin qu’elle soit soumise à signature. Elle vise à affirmer clairement le soutien des sections au secrétaire général et au secrétariat, à défendre l’Intersyndicat face aux attaques dont il fait l’objet et à porter publiquement cette position lors du congrès fédéral.
