Près de 650 salariés venus de nombreuses maisons de Champagne se sont rassemblés à Épernay pour défendre un acquis historique : le 13e et le 14e mois.

✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne

📅 Publié le 06 juillet 2026

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Une mobilisation qui envoie un signal fort à l’UMC. Près de 650 salariés, venus de nombreuses maisons de Champagne, ont répondu à l’appel de l’Intersyndicat CGT du Champagne en se rassemblant à partir de 10h, jeudi 9 juillet, sur la prestigieuse avenue de Champagne à Épernay, au pied de l’emblématique statue de Dom Pérignon, face au siège de Moët & Chandon. Cette manifestation avait un objectif clair : dénoncer la volonté de l’Union des Maisons de Champagne (UMC) de ne pas renouveler une partie de l’article C.262 de la convention collective, relatif à la prime de fin d’année, plus connue des salariés sous le nom de 13e et 14e mois.

Pour la CGT, cette disposition ne constitue pas un simple avantage salarial. Elle est le fruit de décennies de luttes sociales et fait partie des acquis historiques qui distinguent la convention collective du Champagne. Sa remise en cause, même partielle, ouvrirait une brèche dont les conséquences pourraient dépasser largement le seul cadre de la prime de fin d’année. Les trois interventions qui ont rythmé cette mobilisation ont toutes porté le même message : derrière l’article C.262, c’est l’avenir du modèle social champenois qui est aujourd’hui en jeu. 

📹 La vidéo de la manifestation et des prises de parole est disponible en bas de l’article

José Blanco : une remise en cause qui s’inscrit dans une stratégie globale

Premier à prendre la parole, José Blanco, secrétaire général de l’Intersyndicat CGT du Champagne, est revenu sur les raisons qui ont conduit les salariés à se mobiliser.

Il a rappelé que le projet de l’UMC vise à renforcer les abattements appliqués à la prime de fin d’année en fonction de certaines absences. Pour la CGT, une telle évolution ne constitue pas un simple ajustement technique : elle remet directement en cause un acquis collectif et risque notamment de pénaliser davantage les salariés qui exercent leur droit de grève.

José Blanco a ensuite replacé cette attaque dans un contexte plus large. Selon lui, depuis plusieurs années, les négociations de branche se heurtent systématiquement aux mêmes blocages. À chaque discussion salariale, les employeurs mettent en avant les difficultés rencontrées par telle ou telle maison pour justifier des augmentations minimales dans l’ensemble de la branche. Une année, ce sont les résultats d’un grand groupe qui servent d’argument ; l’année suivante, ceux d’une autre maison. Pour la CGT, cette méthode revient à faire supporter à l’ensemble des salariés les difficultés de quelques entreprises, y compris lorsque d’autres maisons continuent de dégager des résultats importants.

Il a dénoncé un dialogue social qui s’appauvrit au fil des années, avec des positions patronales de plus en plus figées et des marges de négociation toujours plus réduites. Après plusieurs années d’augmentations inférieures aux attentes des salariés, l’attaque contre l’article C.262 marque, selon lui, une nouvelle étape : il ne s’agit plus seulement de limiter les hausses de salaire, mais de remettre en cause des éléments de rémunération déjà acquis.

Dans son intervention de clôture, José Blanco est également revenu sur les évolutions structurelles de la filière. Il a évoqué les travaux menés au sein de la Convention nationale des vins et spiritueux et les risques d’un alignement progressif du modèle champenois vers des conventions collectives moins protectrices. Il a enfin alerté sur les mutations observées dans d’autres vignobles, notamment dans le Cognac, où la mécanisation et la robotisation réduisent progressivement le nombre de salariés. Pour la CGT, défendre la convention collective, c’est aussi défendre l’emploi, les qualifications et le savoir-faire humain qui font la richesse du Champagne.

Philippe Cothenet : défendre l’héritage social du Champagne

Prenant ensuite la parole, Philippe Cothenet, secrétaire général adjoint de l’Intersyndicat CGT du Champagne, a replacé le débat dans une perspective historique. Il a rappelé que le 13e et le 14e mois n’ont jamais été des cadeaux accordés par les employeurs. Ils sont le résultat de longues années de mobilisations, de négociations et de rapports de force qui ont permis de construire progressivement la convention collective actuelle. Pour lui, remettre en cause aujourd’hui une partie de l’article C.262 reviendrait à fragiliser l’un des piliers de ce modèle social.

Philippe Cothenet est également revenu sur les négociations salariales de ces dernières années. Il a dénoncé des discussions qui, selon lui, n’en sont plus réellement. Les employeurs arrivent avec des positions déjà arrêtées et imposent ensuite leurs recommandations sans tenir compte des revendications syndicales. Il a qualifié cette méthode de « 49.3 patronaux », estimant que le dialogue social perd tout son sens lorsque les décisions sont prises unilatéralement.

À ses yeux, la remise en cause du 13e et du 14e mois s’inscrit dans cette même logique : après plusieurs années de blocage salarial et de recommandations patronales très insuffisantes, l’UMC franchit désormais une nouvelle étape en s’attaquant directement aux acquis des salariés.

Il a enfin rappelé le contraste entre les performances économiques de la filière et les efforts toujours demandés aux salariés, soulignant que la richesse créée dans le Champagne repose avant tout sur leur travail quotidien.

Alex Rigaud : « Si nous laissons passer cela, d’autres acquis suivront »

Dernier intervenant de la manifestation, Alex Rigaud, délégué syndical CGT Moët & Chandon-Ruinart, a livré une intervention particulièrement offensive.

Il a expliqué que le débat ne se résume pas à quelques lignes de l’article C.262. Selon lui, ce qui est en jeu dépasse largement la question de la prime de fin d’année : c’est toute la philosophie de la convention collective du Champagne qui est aujourd’hui contestée.

Alex Rigaud a rappelé que les employeurs cherchent depuis plusieurs années à réduire progressivement les droits collectifs. Pour lui, chaque recul accepté aujourd’hui prépare les remises en cause de demain. Le 13e et le 14e mois constituent un symbole fort pour les salariés : toucher à cet acquis reviendrait à envoyer le signal que plus aucun droit n’est véritablement protégé.

our illustrer le climat social qui s’installe dans certaines entreprises, Alex Rigaud a cité des situations vécues au sein de Moët & Chandon, la plus importante maison de Champagne, où des salariés peuvent être sanctionnés ou licenciés pour des faits qu’il estime mineurs ou disproportionnés.

Pour le délégué syndical, ces pratiques participent à l’installation d’un véritable management par la peur : peur d’être convoqué, sanctionné, licencié ou de subir des conséquences simplement pour avoir posé une question ou contesté une décision. Il a dénoncé une méthode destinée à dissuader les salariés de s’exprimer et à affaiblir toute forme d’expression collective.

Alex Rigaud a également insisté sur la solidarité nécessaire entre les différentes maisons de Champagne. Il a rappelé que les attaques menées contre un acquis conventionnel concernent l’ensemble des salariés de la branche, quels que soient leur entreprise, leur métier ou leur statut.

Enfin, il a souligné que la force de la convention collective repose précisément sur son caractère collectif. Ce sont les salariés et les luttes syndicales qui ont permis d’obtenir ces droits. Pour lui, seule une mobilisation commune permettra de les préserver face aux offensives patronales.

Son message était clair : si les salariés ne se mobilisent pas ensemble aujourd’hui, les remises en cause se poursuivront demain, jusqu’à faire disparaître progressivement les garanties sociales propres au Champagne.

Pendant ce temps, la CGT interpelle le préfet à Châlons-en-Champagne

Alors que plusieurs centaines de salariés manifestaient à Épernay, se tenait simultanément, sous l’autorité du préfet de la Marne, une réunion de retour d’expérience (RETEX) consacrée à la préparation de la prochaine vendange. Cette réunion rassemblait l’ensemble des acteurs de la filière : services de l’État, organisations professionnelles, représentants des employeurs et organisations syndicales.

La délégation de la CGT Champagne n’a pas manqué d’interpeller le préfet sur la mobilisation qui se déroulait au même moment avenue de Champagne.

Elle a rappelé qu’il était particulièrement irresponsable de la part de l’UMC d’ouvrir un conflit social majeur en remettant en cause les abattements du 13e et du 14e mois alors que tous les acteurs de la filière devraient concentrer leurs efforts sur la préparation de la prochaine vendange.

Pour la CGT, la réussite des vendanges suppose un climat social apaisé, le respect des salariés et un dialogue social de qualité. En choisissant d’attaquer un acquis historique à quelques semaines de la récolte, l’UMC prend le risque de créer des tensions dont elle porterait l’entière responsabilité.

La mobilisation ne fait que commencer

Cette manifestation constitue une première étape.

Les salariés présents ont démontré leur attachement à leur convention collective et leur refus de voir leurs acquis remis en cause. Pour autant, la mobilisation ne s’arrêtera pas à cette journée.

L’Intersyndicat CGT du Champagne attend désormais que l’UMC revienne à une véritable négociation et renonce à son projet concernant l’article C.262.

À défaut, les organisations syndicales préviennent que de nouvelles actions pourront être décidées dans les prochaines semaines, y compris à l’approche des vendanges ou pendant leur déroulement, si aucune avancée significative n’intervient. Dans une période aussi stratégique pour la filière, chacun mesure les conséquences qu’aurait un conflit social, mais la responsabilité d’une telle situation incombera à ceux qui auront choisi de remettre en cause un acquis historique plutôt que de rechercher un compromis.

La CGT réaffirme que la réussite des prochaines vendanges passe aussi par le respect des femmes et des hommes qui feront cette récolte. Défendre le 13e et le 14e mois, c’est défendre le pouvoir d’achat, la reconnaissance du travail accompli et l’avenir du modèle social champenois.

Vidéo de la manifestation et des prises de parole