Moins de bouteilles expédiées, mais à un prix moyen toujours très élevé : la CGT Champagne refuse que la baisse des volumes serve à masquer la richesse encore produite par la filière. © IA CGT champagne
✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne
📅 Publié le 22 juin 2026
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Baisse des expéditions, stocks élevés, ralentissement du marché français : la situation économique de la Champagne est aujourd’hui présentée comme particulièrement préoccupante. Pour la CGT Champagne, les difficultés existent, mais elles ne doivent pas être interprétées de manière alarmiste. Les chiffres de début 2026 confirment d’ailleurs que la situation mérite d’être regardée avec nuance : à fin mai, les expéditions repassent légèrement dans le vert, portées par l’export. Derrière le recul des volumes, la filière conserve un niveau de valeur très élevé. La baisse des ventes ne doit donc pas masquer la profitabilité persistante du secteur.
Une crise des volumes, pas un effondrement de la filière
Dans son édition du 16 juin dernier, L’Union consacre un article à la crise champenoise dans ses pages économiques. Celui-ci pose de vraies questions. Les expéditions reculent, les stocks pèsent davantage, le marché français ralentit et certains équilibres économiques sont plus tendus qu’au cours des années précédentes. Ces éléments ne peuvent pas être niés.
Mais pour la CGT Champagne, ils doivent être replacés dans une lecture économique plus complète. Les expéditions mondiales de Champagne ont atteint un point haut en 2022, avec 325,5 millions de bouteilles pour 6,33 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Elles sont ensuite redescendues à 299,1 millions de bouteilles en 2023, pour 6,41 milliards d’euros de chiffre d’affaires, puis à 271,8 millions de bouteilles en 2024, pour 5,85 milliards d’euros. En 2025, elles s’établissent à 266,1 millions de bouteilles, pour 5,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires.
Les premières données 2026 confirment d’ailleurs que la situation ne peut pas être résumée à un effondrement. À fin mai 2026, les expéditions de champagne repassent légèrement dans le vert, avec 86,3 millions de bouteilles expédiées depuis le début de l’année, soit une progression de 0,8 % par rapport à la même période de 2025. Cette embellie reste portée par l’export, en hausse de 3 %, tandis que le marché français continue de reculer. Ces chiffres montrent que la filière conserve des ressorts et que le discours de crise doit être manié avec prudence.
La baisse des volumes est donc réelle depuis 2022. Entre 2022 et 2025, les expéditions reculent fortement, passant de 325,5 à 266,1 millions de bouteilles. Mais cette évolution doit être analysée avec le chiffre d’affaires en regard. Malgré ce recul, celui-ci reste à un niveau très élevé, autour de 5,7 milliards d’euros en 2025. La filière vend moins de bouteilles, mais elle conserve une valeur considérable. C’est précisément cette réalité que la lecture alarmiste de la crise laisse trop souvent de côté.
La nuance est importante. La Champagne traverse une période d’ajustement, mais elle ne s’effondre pas. Présenter la situation comme une crise profonde ou existentielle revient à installer une lecture dramatisée qui ne dit pas toute la réalité économique de la filière.
Une filière qui vend moins, mais qui vend plus cher
Autrement dit, la filière vend moins, mais elle vend plus cher. C’est un élément central du débat. La baisse des volumes ne signifie donc pas mécaniquement disparition de la richesse.
Mais cette évolution pose aussi une question que la lecture dominante de la crise évite trop souvent : la stratégie de valorisation par l’augmentation des prix n’a-t-elle pas elle-même contribué, pour partie, au recul des ventes ? Pendant la période de forte inflation, la filière s’est appuyée sur le contexte général de hausse des prix pour augmenter fortement la valeur moyenne de chaque bouteille. Cette stratégie a permis de maintenir un chiffre d’affaires élevé malgré la baisse des expéditions. Mais aujourd’hui, elle en paie aussi le prix, notamment sur le marché français, où le pouvoir d’achat des consommateurs ne suit pas la même trajectoire.
Cette question est d’autant plus importante que le Champagne évolue désormais dans un univers des vins effervescents de plus en plus concurrentiel. Des produits moins chers, parfois en forte progression qualitative, occupent une place croissante dans les choix des consommateurs. Lorsque le prix moyen du Champagne augmente fortement, une partie du public peut se tourner vers d’autres effervescents jugés plus accessibles. La baisse des volumes ne peut donc pas être expliquée uniquement par la conjoncture : elle interroge aussi les choix de valorisation assumés par la filière.
Des stocks à analyser sans dramatisation
La question des stocks doit évidemment être prise au sérieux. Leur niveau pèse sur certains équilibres économiques et peut créer des tensions de trésorerie. Mais le stock fait aussi partie du modèle champenois. Il est lié au vieillissement, à la réserve, à la régulation des volumes et aux choix stratégiques propres à l’appellation.
Il ne faut donc pas transformer ce sujet en argument général pour dramatiser toute la situation économique. Si les stocks deviennent aujourd’hui plus difficiles à gérer, cela relève aussi des choix commerciaux, des politiques de prix, des anticipations de marché et des décisions interprofessionnelles.
Pour la CGT Champagne, le stock ne peut pas être présenté comme une anomalie extérieure au système. Il fait partie du fonctionnement même de la Champagne. Ce qui doit être interrogé, c’est la manière dont la filière a piloté sa stratégie de volumes, de prix et de valorisation, ainsi que les conséquences que ces choix ont pu avoir sur la baisse actuelle des expéditions.
Le marché français révèle aussi la question du pouvoir d’achat
Le recul du marché français mérite lui aussi une analyse plus complète. En 2025, les expéditions vers la France s’établissent à environ 114 millions de bouteilles, en baisse de 3,6 %. Le Comité Champagne souligne que les comportements d’achat restent prudents et que les arbitrages budgétaires pèsent sur la consommation.
Mais cela revient à reconnaître une réalité simple : le pouvoir d’achat est sous pression. Si le marché français recule, ce n’est pas seulement parce que les consommateurs changent leurs habitudes. C’est aussi parce que les prix ont fortement augmenté et que les revenus ne suivent pas au même rythme.
À force de pousser la valorisation, la filière prend aussi le risque d’éloigner une partie des consommateurs. La baisse des volumes n’est donc pas seulement une fatalité extérieure. Elle est aussi liée à des choix économiques.
Une valeur toujours captée par les acteurs dominants
À l’export, la situation est également moins noire que ne le laisse entendre le discours dominant. Les exportations reculent légèrement en 2025, mais elles restent proches de 152 millions de bouteilles. Plusieurs marchés continuent même de progresser. Le Champagne conserve une image mondiale très forte et reste une référence internationale.
Il faut aussi regarder qui capte réellement la valeur. Les maisons représentent plus de 70 % des volumes mondiaux et plus de 77 % de la valeur. Ce sont elles qui dominent la filière, disposent des marques, des réseaux commerciaux et de la capacité à valoriser le Champagne sur les marchés internationaux.
On ne peut donc pas parler de crise sans parler de cette captation de la valeur. Les maisons ont bénéficié des années de forte valorisation. Il serait trop simple, aujourd’hui, de ne retenir que la baisse des volumes pour présenter l’ensemble de la filière comme fragilisée.
Une crise à ne pas instrumentaliser
Pour la CGT Champagne, le vrai débat n’est pas seulement celui des volumes, des stocks ou des expéditions. Le vrai débat est celui de la profitabilité persistante du secteur malgré la chute des ventes.
La Champagne a donc moins un problème de disparition de richesse qu’un problème d’interprétation de cette richesse. Le recul des volumes est réel, mais il intervient dans une filière qui a fortement augmenté la valeur de chaque bouteille vendue, une stratégie qui a pu contribuer à freiner les ventes. De cette stratégie économique, les salariés ne sont évidemment pas responsables.
C’est dans ce cadre que la question salariale doit être posée. La CGT Champagne a constaté, lors de la réunion paritaire du 18 juin dernier, que le patronat de l’UMC utilise déjà cette dramatisation économique pour refuser d’engager une véritable renégociation salariale, alors même que l’augmentation du SMIC impose un rattrapage de l’ensemble de la grille.
Or, lorsque le SMIC augmente, il ne suffit pas de corriger quelques minima pour éviter que le bas de la grille décroche. C’est l’ensemble de la grille qui doit être revalorisé afin de préserver les écarts entre coefficients, reconnaître les qualifications et maintenir le pouvoir d’achat.
La CGT Champagne le dit clairement : oui, les volumes reculent. Oui, la situation économique doit être regardée sérieusement. Mais non, la baisse des ventes ne suffit pas à faire disparaître la profitabilité du secteur, d’autant que les premières données 2026 montrent un léger retour dans le vert des expéditions à fin mai. Une filière qui continue de dégager autant de valeur ne peut pas se retrancher derrière une lecture alarmiste de la crise pour refuser une véritable revalorisation salariale.
La richesse existe encore. Voilà ce que le discours alarmiste sur la crise champenoise tente de masquer.
Télécharger l’article : « Une crise champenoise ? Attention à la lecture alarmiste »
Source :
L’Union du 16 juin 2026 : « C’est grave docteur la crise champenoise en 5 questions »
La champagne de Sophie Claeys 15 juin 2026 « Les expéditions de champagne repassent dans le vert à fin mai »
