Les libertés syndicales et les contre-pouvoirs sont de plus en plus visés dans plusieurs municipalités dirigées par l’extrême droite. © IA CGT champagne
✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne
📅 Publié le 19 mai 2026
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Depuis plusieurs semaines, les attaques contre les syndicats et les contre-pouvoirs se multiplient dans plusieurs villes dirigées par l’extrême droite. À Carcassonne, le nouveau maire RN a engagé une procédure visant à expulser les organisations syndicales de leurs locaux historiques. Derrière cette décision, dénoncée nationalement par l’ensemble des grandes organisations syndicales françaises, c’est une question fondamentale qui est posée : que deviennent les libertés syndicales lorsque l’extrême droite accède au pouvoir ?
Cette situation doit aujourd’hui interpeller l’ensemble du monde du travail, y compris tous ceux qui, parmi les salariés, les syndiqués, les élus du personnel ou même certains proches de la CGT, pourraient être tentés par un vote en faveur du Rassemblement national.
Car les faits sont là.
Le 15 mai 2026, la CGT, la CFDT, FO, la FSU, Solidaires, l’UNSA et la CFE-CGC ont adressé ensemble un courrier au ministre de l’Intérieur et au ministre du Travail pour dénoncer la situation de Carcassonne.
Dans cette lettre intersyndicale, les organisations rappellent que la procédure engagée par le maire RN constitue « une attaque grave contre la liberté syndicale » et contre des organisations qui participent « depuis des décennies à la vie démocratique et sociale » du pays.
Le courrier rappelle également ce que représentent concrètement les Bourses du travail et les maisons des syndicats : des lieux d’accueil des salariés, de permanences juridiques, d’aide face aux licenciements, aux impayés, aux discriminations ou aux accidents du travail.
Ce point est essentiel.
Derrière les discours prétendant défendre « les travailleurs français », ce sont précisément les structures qui permettent aux salariés de se défendre collectivement qui sont aujourd’hui attaquées.
Le courrier intersyndical souligne d’ailleurs que cette expulsion ne relève pas d’une simple question administrative, mais s’inscrit dans une série d’actes politiques assumés : suppression de subventions à la Ligue des droits de l’Homme, attaques contre des associations critiques de l’extrême droite, pressions contre la presse locale, retrait du drapeau européen de la mairie ou encore mise en avant de l’image de Marine Le Pen dans les locaux municipaux.
Les syndicats y voient clairement une volonté de s’attaquer aux contre-pouvoirs organisés.
Et Carcassonne n’est pas un cas isolé.
Dans plusieurs villes dirigées par le RN, des associations ont vu leurs subventions supprimées, des événements culturels remis en cause, des collectifs citoyens marginalisés ou des initiatives syndicales entravées. Des pressions similaires ont été dénoncées à Perpignan, Vauvert, Beaucaire ou encore Saint-Avold.
Partout revient la même logique : affaiblir les structures collectives capables de défendre les salariés, les libertés publiques et les solidarités.
Cette réalité doit être regardée en face.
Les enquêtes d’opinion montrent en effet qu’une partie des salariés proches des syndicats peut être sensible aux discours du RN. Selon une enquête Toluna-Harris Interactive réalisée lors des élections européennes de 2024, 24 % des personnes se déclarant proches de la CGT ont indiqué avoir voté pour la liste RN. Quelques semaines plus tard, au premier tour des élections législatives, ce chiffre était encore de 17 %. Dans le même temps, 61 % des proches de la CGT déclaraient avoir voté pour le Nouveau Front populaire.
Ces chiffres ne concernent pas directement les militants encartés de la CGT, mais ils doivent malgré tout alerter.
Car il existe aujourd’hui une contradiction profonde entre les intérêts défendus quotidiennement par le syndicalisme et les politiques mises en œuvre là où l’extrême droite exerce des responsabilités.
Quand des maires RN s’attaquent aux syndicats, aux Bourses du travail, aux associations de défense des droits ou aux médias indépendants, ce ne sont pas des abstractions politiques qui sont visées. Ce sont concrètement les outils permettant aux salariés de se défendre collectivement.
L’histoire du mouvement ouvrier montre pourtant que chaque affaiblissement des libertés syndicales finit toujours par se retourner contre les travailleurs eux-mêmes : isolement des salariés, recul du rapport de force, fragilisation des protections collectives et remise en cause des droits sociaux.
Dans le Champagne comme ailleurs, où les salariés subissent déjà les restructurations, la précarité, l’intensification du travail et les attaques contre les acquis sociaux, avec également des situations de faibles rémunérations chez certaines très petites maisons de champagne et certains petits exploitants viticoles, cette situation mérite donc une vigilance particulière.
La CGT rappelle régulièrement que la lutte contre les idées d’extrême droite ne relève pas d’un débat abstrait ou partisan. Elle concerne directement les droits des travailleurs, les libertés syndicales, la démocratie sociale et la capacité des salariés à s’organiser collectivement.
Le courrier intersyndical adressé au gouvernement le dit d’ailleurs très clairement : s’attaquer à une Bourse du travail n’est jamais anodin.
Les syndicats rappellent enfin que ce qui se joue à Carcassonne dépasse largement le cadre local et pourrait créer un précédent extrêmement dangereux pour l’ensemble du pays.
À l’heure où certains salariés peuvent être tentés par le vote RN par colère, lassitude ou sentiment d’abandon, ces événements doivent donc servir d’avertissement concret.
Car derrière les slogans sociaux et les discours prétendant défendre « le peuple », ce sont souvent les organisations collectives des travailleurs qui deviennent les premières cibles lorsque l’extrême droite accède au pouvoir.
Pour aller plus loin
la CGT met à disposition un espace complet consacré à la lutte contre les idées d’extrême droite : analyses, argumentaires, fiches thématiques, vidéos, outils militants et décryptages des politiques menées par le RN contre les droits sociaux, les syndicats et les libertés publiques.
Une ressource utile pour tous les militants, syndiqués et salariés souhaitant mieux comprendre les dangers que représentent les politiques d’extrême droite pour le monde du travail et les conquêtes sociales.
Télécharger l’article :
« Libertés syndicales : le vrai visage du RN »
Pour aller plus loin :
La Cgt.fr – Lutte contre l’extrême droite
Sources :
– Courrier intersyndical adressé au ministre de l’Intérieur et au ministre du Travail, 15 mai 2026
– Communiqué unitaire contre les attaques du maire RN de Carcassonne
