Mobilisation syndicale et rapport de force : face à la tentative d’imposer le travail le 1er mai, le monde du travail s’est fait entendre et a contraint le gouvernement à reculer. Une victoire d’étape pour la défense des droits des salariés. © IA CGT Champagne.
✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne
📅 Publié le 14 avril 2026
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Une offensive contre un acquis historique
Depuis plusieurs semaines, le gouvernement, avec le soutien actif des macronistes, mais aussi de la droite et de l’extrême droite, tentait d’imposer une remise en cause majeure : permettre à davantage de salariés de travailler le 1er mai.
Présentée comme une mesure de « bon sens » pour les artisans ou les commerces de proximité, cette proposition de loi visait en réalité à modifier en profondeur l’article L3133-6 du Code du travail, qui fait du 1er mai le seul jour férié obligatoirement chômé et payé.
Derrière cet habillage, l’enjeu était clair : ouvrir la voie à une banalisation du travail ce jour-là, au bénéfice des grandes enseignes, et au détriment des salariés.
Comme cela a été largement dénoncé, notamment par la CGT, cette mesure pouvait concerner jusqu’à 1,4 million de travailleurs .
Un passage en force assumé
Pour imposer ce texte dès 2026, le pouvoir n’a pas hésité à contourner le débat parlementaire.
Une manœuvre a été mise en place pour accélérer son adoption via une commission mixte paritaire, après une motion de rejet stratégique à l’Assemblée nationale. Plusieurs responsables politiques eux-mêmes ont reconnu qu’il s’agissait d’un procédé comparable à un 49.3 déguisé .
Dans cette séquence, un bloc politique s’est clairement dessiné :
- les macronistes à l’initiative,
- soutenus par Les Républicains,
- et accompagnés par le Rassemblement national.
Tous unis pour remettre en cause un acquis fondamental du monde du travail.
Le mythe du “volontariat” déconstruit
L’un des arguments centraux avancés pour justifier cette réforme reposait sur le « volontariat » des salariés.
Un argument que la CGT a frontalement démonté.
Dans le cadre du salariat, le lien de subordination rend illusoire toute notion de volontariat réel. Derrière ce discours, il y a une réalité bien connue : la pression économique, les contraintes familiales, la précarité.
Comme le rappelle la CGT, ce type de dispositif bénéficie avant tout aux grandes enseignes, capables d’imposer leurs conditions, et met en concurrence les petits commerces avec la grande distribution.
Ce scénario n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans la continuité des ouvertures dominicales, où les mêmes promesses ont été faites, avec les mêmes conséquences pour les salariés.
Une mobilisation qui fait reculer le gouvernement
Face à cette offensive, la réaction du monde du travail a été immédiate.
En quelques jours :
- une pétition a rassemblé près de 100 000 signatures,
- l’intersyndicale s’est mobilisée,
- la CGT a mené une campagne offensive pour alerter sur les conséquences du texte.
Résultat : le gouvernement a été contraint de reculer.
Il a annoncé renoncer à convoquer la commission mixte paritaire, enterrant de fait la réforme pour 2026 .
Même si la porte reste entrouverte pour 2027, cette décision constitue une victoire claire du rapport de force.
Le 1er mai n’est pas une marchandise
Le 1er mai n’est pas un jour comme les autres. C’est une conquête historique du mouvement ouvrier. Un jour de lutte, de mémoire et de revendication.
Vouloir le transformer en jour travaillé, même partiellement, ce n’est pas une simple évolution technique : c’est une remise en cause symbolique et politique majeure.
Comme l’a montré cette séquence, derrière les discours sur le pouvoir d’achat ou la liberté de travailler, c’est bien une logique de dérégulation qui est à l’œuvre.
Une victoire… et un avertissement
Le recul du gouvernement est une victoire. Mais une victoire d’étape. Car le projet n’est pas abandonné. Il est simplement reporté.
Dès aujourd’hui, certains responsables politiques annoncent vouloir revenir à la charge, avec de nouvelles propositions ou des dispositifs sectoriels.
Pour la CGT, la réponse est claire :
- défendre le caractère chômé et payé du 1er mai,
- refuser toute banalisation du travail ce jour-là,
- et surtout, continuer à construire le rapport de force.
Car cette séquence le démontre une fois de plus : rien n’est jamais acquis.
Ce qu’en disent les médias indépendants
Plusieurs médias progressistes comme Mediapart, Basta ! Regards ou encore Rapports de force ont également analysé cette séquence comme une offensive politique contre les droits sociaux, finalement mise en échec par la mobilisation syndicale. Tous convergent sur un point : sans mobilisation, ce recul n’aurait jamais eu lieu.
Un choix de société assumé
Derrière cette tentative de réforme, ce n’est pas une simple question d’organisation du travail qui se pose, mais bien un choix de société clair.
Accepter que tout puisse être travaillé, y compris les jours les plus symboliques, c’est ouvrir la porte à une remise en cause progressive de l’ensemble des conquêtes sociales. C’est banaliser l’idée que plus aucun temps collectif ne doit échapper aux logiques de rentabilité. C’est aussi fragiliser encore davantage les salariés face à des pressions économiques toujours plus fortes.
À l’inverse, défendre le caractère chômé et payé du 1er mai, c’est affirmer que certains droits ne sont pas négociables. C’est rappeler que cette journée appartient au monde du travail, qu’elle est le fruit de luttes historiques, et qu’elle doit rester un moment de rassemblement, de revendication et de dignité.
Pour la CGT Champagne, la position est sans ambiguïté :le 1er mai doit rester un jour chômé et payé, un jour pour les travailleurs, et non pour les profits.
Et cette bataille le montre une nouvelle fois : sans mobilisation, aucun acquis n’est garanti.
Télécharger l’article : « 1er mai : le gouvernement recule face au monde du travail »
Sources
- La Vie Ouvrière, 14 avril 2026 : « Pas d’extension du travail le 1er-Mai – Attal, LR, RN… Soupe à la grimace chez les partisans du texte »
- Libération, 13 avril 2026 : « Travail le 1er mai – le gouvernement rétropédale et enterre le texte de Gabriel Attal pour 2026 »
- La Vie Ouvrière, 15 avril 2026 : Thomas Vacheron – « Nous avons réussi à déconstruire le discours mensonger sur le travail le 1er mai »,
