Quand la logique du profit remplace l’intérêt général, ce sont les conditions de vie qui se dégradent : se soigner, se déplacer, se loger ou simplement vivre devient plus difficile. Défendre les services publics, c’est défendre un quotidien digne pour tous. © IA CGT champagne
✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne
📅 Publié le 23 avril 2026
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À l’occasion de ses 20 ans, le Groupe 3E publie une étude approfondie sur l’évolution des services publics et le recul de la puissance publique. Derrière ce travail d’analyse, un constat sans appel : les choix politiques opérés depuis plusieurs décennies ont affaibli l’État, fragilisé les droits des salariés et dégradé l’accès aux services essentiels. Pour la CGT, ce diagnostic rejoint des analyses portées de longue date. Mais au-delà du constat, une question se pose désormais : comment organiser concrètement le réveil de la puissance publique et le traduire en rapport de force ?
Une étude qui met en lumière un basculement historique
L’étude publiée par le Groupe 3E s’inscrit dans un temps long. Elle retrace plus de vingt années de transformations économiques, sociales et institutionnelles, marquées par un même fil conducteur : le recul progressif de l’intervention publique au profit des logiques de marché.
Ce mouvement ne s’est pas fait en un jour. Il s’est construit à travers une succession de réformes du droit du travail, de transformations des services publics et de politiques économiques favorisant la financiarisation. Mais ce que cette étude permet surtout de comprendre, c’est que ces évolutions ne sont pas abstraites. Elles se traduisent très concrètement dans la vie des salariés. Lorsqu’un service public disparaît ou se dégrade, ce n’est pas une ligne budgétaire qui recule, ce sont des kilomètres supplémentaires pour aller travailler, des délais pour accéder à des soins, des démarches administratives impossibles à réaliser sans aide.
Des services publics indispensables à la vie quotidienne
Les services publics sont souvent présentés comme un coût. En réalité, ils sont au cœur de la vie quotidienne de toute la population. Leur affaiblissement se traduit immédiatement par des difficultés concrètes.
Lorsqu’un hôpital ferme des lits ou manque de personnel, cela signifie des heures d’attente aux urgences, des soins repoussés, des familles laissées seules face à la maladie. Lorsqu’une maternité disparaît dans un territoire rural, cela oblige des femmes à parcourir des dizaines de kilomètres pour accoucher, avec des risques accrus. Lorsqu’une ligne ferroviaire est abandonnée, ce sont des salariés qui doivent prendre leur voiture, supporter le coût du carburant et perdre du temps de vie dans les transports.
Dans les zones rurales comme dans certains quartiers, la fermeture des bureaux de poste ou des guichets administratifs oblige les habitants à se déplacer loin pour effectuer des démarches essentielles. Et lorsque ces démarches sont dématérialisées, une partie de la population se retrouve tout simplement exclue, faute d’accès ou de maîtrise des outils numériques.
Ces exemples ne sont pas marginaux. Ils illustrent une réalité : sans services publics solides, ce sont les inégalités qui explosent. Ceux qui ont les moyens s’adaptent. Les autres subissent.
Des services publics qui soutiennent aussi le travail et l’économie
Au-delà de la vie quotidienne, les services publics sont indispensables au fonctionnement même du travail. Ils permettent aux salariés de travailler, mais aussi aux entreprises de fonctionner.
Sans transports accessibles, de nombreux salariés ne peuvent pas rejoindre leur lieu de travail. Sans système de santé efficace, les arrêts de travail se multiplient et la prévention recule. Sans école publique de qualité, ce sont les qualifications qui diminuent et les inégalités qui se creusent dès le plus jeune âge.
De la même manière, les infrastructures publiques, l’énergie, la recherche ou encore la formation sont des éléments essentiels pour l’activité économique. Une entreprise ne fonctionne pas seule. Elle repose sur un environnement collectif que seuls les services publics peuvent garantir.
C’est pourquoi la CGT insiste sur ce point : affaiblir les services publics, ce n’est pas faire des économies. C’est fragiliser l’ensemble du système économique et social.
Derrière la libéralisation, des conséquences concrètes pour tous
L’étude du Groupe 3E montre que la mise en concurrence des services publics ne produit pas les effets annoncés. L’exemple du rail est particulièrement parlant. Là où l’on promettait plus d’efficacité, on constate une hausse des prix, une désorganisation du réseau et une dégradation du service.
Pour les usagers, cela signifie des billets plus chers, des trains moins fiables, des territoires moins bien desservis. Pour les salariés de ces secteurs, qu’il s’agisse des cheminots, des agents de l’énergie ou des postiers, la mise en concurrence se traduit concrètement par des conditions de travail dégradées, des réorganisations permanentes et une perte de repères liée à la casse des collectifs de travail.
On retrouve les mêmes mécanismes dans l’énergie. L’ouverture à la concurrence devait faire baisser les prix. Dans les faits, les usagers ont subi des hausses importantes, notamment lors des crises récentes. Dans le secteur postal, la logique est identique : les activités rentables sont captées, tandis que le service universel se dégrade, avec des délais plus longs et des tarifs en hausse.
L’exemple des autoroutes est tout aussi révélateur. Leur privatisation s’est traduite par une hausse continue des péages, bien supérieure à l’inflation, alors même que ces infrastructures sont largement amorties. Concrètement, ce sont des milliers de salariés qui paient chaque jour davantage pour se rendre au travail, avec un impact direct sur leur pouvoir d’achat. Mais cela concerne aussi l’ensemble des usagers : partir en vacances, rejoindre sa famille ou simplement se déplacer devient de plus en plus coûteux. Dans de nombreux territoires où les alternatives sont limitées, la voiture reste indispensable, et les péages deviennent une charge contrainte de plus en plus lourde. Pendant ce temps, les sociétés concessionnaires réalisent des profits importants. Là encore, un outil essentiel pour les déplacements du quotidien est passé d’une logique de service public à une logique de rentabilité.
Ces exemples montrent une chose essentielle : lorsque les services publics sont soumis à la logique du profit, ce sont les besoins de la population qui passent au second plan.
Une transformation du travail qui touche tous les salariés
Quand la puissance publique est forte, elle garantit des règles communes et des droits collectifs qui protègent tous les salariés.
Quand elle recule, ces repères disparaissent, les protections s’affaiblissent et chacun se retrouve davantage seul face à son employeur. Pour les salariés, cela signifie plus de précarité, plus de pression et moins de protection. Mais cela a aussi un effet d’entraînement sur l’ensemble du monde du travail. Lorsque les statuts sont affaiblis dans la fonction publique, cela tire vers le bas les standards sociaux dans le privé.
À l’inverse, des services publics forts permettent de fixer des repères. Ils garantissent des droits, des conditions de travail et des niveaux de rémunération qui servent de référence. C’est pourquoi la CGT considère que la défense des services publics est indissociable de la défense de tous les salariés.
Le réveil de la puissance publique : répondre aux besoins concrets
Parler de réveil de la puissance publique, ce n’est pas une formule abstraite. C’est répondre à des besoins très concrets.
C’est permettre à chacun d’accéder à un médecin sans attendre des semaines. C’est garantir à un salarié de pouvoir se déplacer sans que cela lui coûte une part importante de son salaire. C’est assurer à chaque enfant une éducation de qualité, quel que soit son territoire. C’est permettre aux personnes âgées de vivre dignement, sans dépendre de structures guidées par la rentabilité.
C’est aussi redonner à la collectivité les moyens d’agir face aux crises, qu’elles soient sanitaires, économiques ou climatiques. Les événements récents ont montré à quel point l’intervention publique est indispensable pour protéger la population.
Une bataille syndicale à organiser
Ce réveil de la puissance publique ne se fera pas tout seul. Il ne viendra ni des discours, ni des seules décisions politiques. Il dépend directement de la capacité des salariés à se mobiliser et à imposer un rapport de force.
Car ce qui est en jeu, ce sont les conditions de vie au quotidien. Quand les services publics reculent, tout devient plus difficile : se soigner prend plus de temps, se déplacer coûte plus cher, accéder à ses droits devient un parcours compliqué, faire garder ses enfants ou accompagner un proche dépend de plus en plus des moyens dont on dispose. Ce sont des contraintes qui s’accumulent et qui pèsent directement sur la vie des salariés et de leurs familles.
La CGT le dit clairement : défendre les services publics, c’est défendre des conditions de vie dignes pour tous. C’est refuser une société où chacun doit se débrouiller seul pour se soigner, se déplacer ou accéder à ses droits.
Cela implique de porter ces enjeux partout : dans les entreprises, dans les branches, dans les mobilisations. Cela implique aussi de reconstruire des solidarités entre salariés du public et du privé. Car la dégradation des services publics n’est jamais isolée : elle accompagne toujours une dégradation plus large des conditions de vie et de travail.
Redonner du sens : une exigence sociale
La perte de sens du travail est aujourd’hui largement partagée. Elle est directement liée aux transformations des organisations et à la montée des logiques comptables.
Le service public joue un rôle particulier. Il permet de relier le travail à l’intérêt général. Il donne une utilité sociale à l’activité. Il structure les collectifs.
Redonner de la force à la puissance publique, c’est aussi redonner du sens au travail. C’est permettre aux salariés de se reconnaître dans ce qu’ils font, de retrouver de la dignité et de la fierté.
Reconstruire l’intérêt général par l’action collective
L’étude du Groupe 3E apporte une contribution importante au débat. Elle montre que la dégradation actuelle n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de choix politiques. Et elle peut donc être inversée.
Mais cela ne se fera pas sans mobilisation. Le réveil de la puissance publique passera par les luttes, par l’organisation des salariés et par la construction d’un rapport de force.
Car au fond, la question est simple. Voulons-nous une société inégalitaire où individualisme règne et où chacun doit se débrouiller seul pour se soigner, se déplacer, se former, selon ses moyen ? Ou une société où ces droits sont garantis collectivement ?
Pour la CGT, le choix est clair. Et il se construit dès maintenant.
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Sources
- Étude du Groupe 3E : Le réveil de la puissance publique
