Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, fait l’objet d’une deuxième mise en examen en six mois après des propos dénonçant la répression syndicale chez Tefal. © La Vie Ouvrière
✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne
📅 Publié le 26 mai 2026
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Après une première mise en examen en décembre dernier, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, fait désormais l’objet d’une nouvelle procédure judiciaire pour diffamation à la suite d’une plainte déposée par Tefal. Une affaire qui intervient alors que la CGT alerte depuis plusieurs mois sur la dangerosité des PFAS utilisés dans les poêles de la marque et sur les sanctions visant des militants syndicaux ayant osé prendre publiquement la parole. Pour la CGT, cette nouvelle offensive judiciaire dépasse largement le cas individuel de Sophie Binet et pose une question fondamentale : peut-on encore dénoncer des pratiques patronales, défendre les salariés et alerter sur des risques sanitaires sans finir devant les tribunaux ?
🎥 Vidéo de l’intervention de Sophie Binet disponible en bas de l’article.
Une nouvelle mise en examen contre la secrétaire générale de la CGT
Invitée des « 4 Vérités » sur France 2 le 25 mai 2026, Sophie Binet a annoncé avoir appris quelques jours plus tôt sa mise en examen pour diffamation. Cette procédure fait suite à des propos tenus lors de la Fête de l’Humanité en septembre 2025, où elle dénonçait une « répression patronale violente » au sein de Tefal.
Face au journaliste de France 2, la secrétaire générale de la CGT n’a pas reculé d’un millimètre. Elle a assumé intégralement ses déclarations et affirmé que les faits dénoncés étaient confirmés par la réalité de la situation vécue par les militants CGT du groupe SEB, propriétaire de la marque Tefal.
Sophie Binet explique notamment que la CGT alerte depuis des mois sur la dangerosité des PFAS, ces substances chimiques utilisées notamment dans les revêtements antiadhésifs des poêles Tefal. Ces composés chimiques, surnommés « polluants éternels », sont aujourd’hui de plus en plus contestés dans le monde entier en raison de leur persistance dans l’environnement et des risques sanitaires suspectés.
Une syndicaliste CGT sanctionnée après avoir parlé des PFAS
Au cœur de cette affaire se trouve également la situation d’Ouria Belaziz, coordinatrice CGT du groupe SEB et membre de la direction confédérale de la CGT. Selon la CGT, cette militante syndicale a été sanctionnée par son employeur après avoir pris publiquement la parole sur les PFAS et leurs dangers potentiels.
La CGT annonce que cette sanction sera contestée devant les prud’hommes le 4 juin prochain. Pour l’organisation syndicale, cette procédure disciplinaire illustre précisément ce que Sophie Binet dénonçait : des pressions exercées contre des représentants du personnel qui s’expriment sur les conditions de travail, les choix industriels ou les conséquences sanitaires et environnementales de certaines productions.
Dans son intervention sur France 2, Sophie Binet considère même que la plainte déposée par Tefal confirme les accusations portées par la CGT. Selon elle, poursuivre en justice la secrétaire générale de la CGT parce qu’elle parle de répression syndicale revient précisément à illustrer cette volonté de faire taire les voix syndicales critiques.
Des « procédures bâillons » dénoncées par la CGT
Dans un communiqué publié le 25 mai 2026, la CGT dénonce clairement une tentative de museler l’expression syndicale. La confédération affirme que les propos reprochés à Sophie Binet sont « totalement étayés par les faits » et estime que cette affaire s’inscrit dans une multiplication des procédures judiciaires contre les militants syndicaux. Le communiqué évoque également le cas d’un ancien salarié et militant CGT de Tefal lui aussi poursuivi après la diffusion d’un documentaire consacré à ces questions. Pour la CGT, ces attaques judiciaires servent à intimider celles et ceux qui dénoncent certaines pratiques patronales ou alertent sur des enjeux sanitaires et environnementaux.
La centrale syndicale rappelle surtout un chiffre particulièrement lourd de sens : plus de 1 000 militants CGT feraient actuellement l’objet de poursuites judiciaires ou patronales dans le cadre de leur activité syndicale. Derrière ce chiffre, la CGT voit une offensive beaucoup plus large contre les libertés syndicales et contre le droit des représentants du personnel à exercer pleinement leur mandat. Pour l’organisation, ces procédures ne concernent pas uniquement quelques militants isolés mais participent d’un climat général où les directions d’entreprise supportent de moins en moins la contradiction, les alertes syndicales et les critiques publiques.
La question des PFAS revient au cœur du débat
Cette affaire remet également au premier plan la question des PFAS, déjà au cœur de nombreuses polémiques internationales. Ces substances chimiques sont utilisées dans de nombreux procédés industriels et produits du quotidien, mais leur très forte résistance à la dégradation leur vaut le surnom de « polluants éternels ».
Depuis plusieurs années, les inquiétudes grandissent concernant leurs conséquences possibles sur la santé humaine et sur l’environnement. Dans plusieurs pays, des enquêtes et études se multiplient autour de contaminations des sols, de l’eau ou encore de certains travailleurs exposés à ces substances.
Dans ce contexte, la CGT considère que les représentants syndicaux doivent pouvoir exercer librement leur droit d’alerte lorsqu’ils estiment que des questions sanitaires ou environnementales se posent dans une entreprise. Pour le syndicat, sanctionner ou poursuivre des militants qui s’expriment sur ces sujets constitue une dérive extrêmement grave.
Une question démocratique
Lors de son intervention télévisée, Sophie Binet a alerté sur les conséquences plus globales de cette situation. Elle estime que si de simples propos syndicaux peuvent désormais conduire à des mises en examen, alors une grande partie des militants syndicaux du pays pourraient demain être poursuivis sur les mêmes bases.
La CGT appelle désormais le gouvernement et les parlementaires à intervenir afin de renforcer la protection de la liberté d’expression syndicale et de lutter contre ce qu’elle considère comme des « procédures-bâillon ».
Au-delà du cas de Sophie Binet, cette affaire révèle surtout des tensions de plus en plus fortes autour du rôle des syndicats dans l’entreprise. Peut-on encore dénoncer des choix industriels, des risques sanitaires ou des atteintes aux droits des salariés sans être immédiatement poursuivi ? Pour la CGT, la réponse à cette question engage directement l’état des libertés démocratiques dans le monde du travail.
Télécharger l’article : « Répression syndicale : Tefal poursuit Sophie Binet »
Sources :
– Article de La Vie Ouvrière du 25 mai 2026
– Communiqué confédéral CGT du 25 mai 2026
