Dans les vignes champenoises, les fortes chaleurs exposent déjà les salariés aux risques de malaise, d’épuisement et d’accident. Pour la CGT Champagne, la prévention doit être organisée dès maintenant, pendant le palissage comme avant les vendanges. © IA CGT Champagne

✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne

📅 Publié le 25 juin 2026

⏱️Temps de lecture 11 minutes

Alors que les travaux de palissage exposent déjà les salariés du vignoble aux fortes chaleurs, la perspective d’une vendange précoce, possiblement autour du 10 août, doit alerter toute la filière Champagne. Deux ans après les drames des vendanges 2023, marquées par cinq décès lors de ce que beaucoup ont appelé les vendanges de la honte, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas. Face au dérèglement climatique, la prévention ne peut plus être renvoyée au dernier moment. Elle doit être organisée dès maintenant, pour les salariés qui travaillent aujourd’hui dans les vignes comme pour les vendangeurs saisonniers qui seront mobilisés au moment de la récolte.

🎥Une courte vidéo de Sophie Binet interviewée par Apolline de Malherbe est disponible en bas de cet article

Les fortes chaleurs ne sont plus un phénomène exceptionnel.

Elles s’installent dans la durée, se répètent, s’intensifient et touchent directement le monde du travail. Pour les salariés du vignoble champenois, cette réalité n’est pas théorique. Elle se vit dans les rangs de vigne, sous le soleil, avec des gestes répétés, des déplacements continus, parfois peu d’ombre, des cadences à tenir et une fatigue qui s’accumule au fil de la journée.

Aujourd’hui déjà, les salariés des maisons de champagne, les salariés des exploitations, les saisonniers et les travailleurs employés par des prestataires sont concernés par cette exposition, notamment dans les travaux de relevage et de palissage. Ce travail, réalisé en extérieur, demande une présence prolongée dans les parcelles et peut rapidement devenir éprouvant lorsque les températures montent. Dans ces conditions, l’accès à l’eau fraîche, l’adaptation des horaires, l’organisation de pauses suffisantes, la réduction des cadences et la prise en compte de l’état de santé des salariés ne peuvent pas dépendre du bon vouloir de l’employeur. Ce sont des mesures élémentaires de prévention.

La CGT Champagne rappelle que les fortes chaleurs constituent un risque professionnel à part entière. Il ne suffit donc pas d’attendre une alerte météo ou les premiers malaises pour agir. Le risque doit être évalué, anticipé et intégré dans l’organisation du travail. Les employeurs doivent prendre leurs responsabilités, qu’il s’agisse des maisons, des exploitants viticole, des entreprises prestataires ou de tout autre acteur qui organise le travail dans le vignoble.

Des obligations patronales qui doivent être appliquées concrètement

Depuis juillet 2025, les obligations des employeurs en matière de prévention des risques liés aux fortes chaleurs ont été renforcées. Le risque chaleur doit être pris en compte dans le document unique d’évaluation des risques professionnels. Les mesures de prévention doivent être adaptées aux situations réelles de travail. Le CSE doit être consulté lors des mises à jour du document unique, et les représentants du personnel doivent pouvoir intervenir sur l’organisation concrète du travail.

L’employeur doit notamment mettre en place des procédés de travail réduisant l’exposition à la chaleur, aménager les postes et les lieux de travail, adapter les horaires, limiter la durée et l’intensité de l’exposition, prévoir des périodes de repos à l’ombre, augmenter la quantité d’eau potable fraîche disponible, fournir des équipements adaptés et mettre en place des procédures de secours, notamment pour les salariés qui travaillent seuls.

Dans le vignoble, cela doit se traduire très concrètement. Les horaires doivent pouvoir être avancés ou réorganisés pour éviter les périodes les plus chaudes. Les pauses doivent être réelles, suffisantes et rémunérées. L’eau fraîche doit être disponible en quantité, à proximité des équipes, et non simplement annoncée sur le papier. Les salariés doivent pouvoir se mettre à l’ombre. Les cadences doivent être revues en cas de fortes chaleurs. Les responsables d’équipe doivent être formés à repérer les signes de malaise, de déshydratation, d’épuisement ou de coup de chaleur. Les salariés doivent être informés de leurs droits et des procédures à suivre en cas de danger.

Il ne peut pas y avoir, d’un côté, de grands discours sur la qualité du Champagne et, de l’autre, des salariés exposés à des conditions de travail dangereuses dans les vignes. La richesse de la filière repose d’abord sur le travail humain. Ce travail doit être protégé.

Un décret insuffisant face à la réalité du terrain

La CGT considère que les évolutions réglementaires récentes vont dans le bon sens, mais restent très insuffisantes. Aucune température maximale de travail n’est clairement définie. Le droit de retrait n’est pas réellement renforcé.

Aucune interdiction explicite ne protège les salariés contre le travail dans des conditions extrêmes, par exemple dans des locaux ou sur des postes exposés à des températures insupportables.

Cette faiblesse est particulièrement préoccupante dans une filière comme la Champagne, où une partie importante du travail repose sur des salariés saisonniers, des prestataires et des travailleurs parfois éloignés des droits collectifs. Lorsque le salarié ne connaît pas ses droits, lorsqu’il craint de perdre son contrat, lorsqu’il dépend d’un hébergement, d’un transport ou d’un intermédiaire, il est moins en capacité de refuser une situation dangereuse. C’est précisément pour cela que la prévention doit être collective, organisée et contrôlée.

La CGT Champagne refuse que la protection des salariés repose uniquement sur l’appréciation de l’employeur. La chaleur ne devient pas dangereuse seulement lorsqu’un chef d’entreprise accepte de le reconnaître. Elle devient dangereuse lorsque le corps ne suit plus, lorsque la fatigue s’accumule, lorsque l’eau manque, lorsque les pauses sont insuffisantes, lorsque les horaires exposent les salariés aux pics de chaleur, lorsque les cadences empêchent de récupérer comme c’est le cas pour le travail à la tâche en période de vendange.

L’exemple espagnol montre pourtant qu’il est possible d’aller plus loin. Depuis 2023, lorsque l’agence météorologique espagnole déclenche une alerte orange ou rouge pour températures extrêmes, les entreprises réalisant des travaux extérieurs doivent adapter les conditions de travail, modifier ou réduire la journée, voire suspendre certaines tâches lorsque la protection des salariés ne peut pas être garantie. Cette logique devrait inspirer la France et la filière Champagne. Dans les vignes, le travail extérieur, l’effort physique, l’exposition directe au soleil et la concentration des travaux sur des périodes courtes imposent des règles plus protectrices que de simples recommandations générales.

Le droit de retrait existe et doit être respecté

Lorsqu’un salarié estime qu’une situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa santé ou sa sécurité, il peut exercer son droit de retrait. Dans le cas des fortes chaleurs, cela peut signifier se mettre à l’abri, aller boire, rejoindre un lieu plus frais ou cesser temporairement une tâche dangereuse, tout en restant à disposition de l’employeur.

Ce droit ne doit pas rester théorique. Dans les vignes, les salariés doivent savoir qu’ils ne sont pas obligés d’attendre le malaise pour réagir. Un mal de tête, des vertiges, une fatigue inhabituelle, des nausées, des crampes, une confusion ou une sensation de malaise doivent être pris au sérieux. Ces signes peuvent annoncer un coup de chaleur, qui peut être grave, voire mortel.

La CGT Champagne appelle les salariés à ne pas rester isolés. En cas de forte chaleur, il faut alerter immédiatement les collègues, les représentants du personnel, l’encadrement, le CSE ou la CSSCT lorsqu’ils existent. Il faut laisser des traces écrites lorsque les conditions de travail sont dangereuses : absence d’eau fraîche, pauses insuffisantes, horaires inadaptés, exposition prolongée au soleil, absence de consignes, malaise d’un salarié, transport ou hébergement aggravant la fatigue. Ces éléments peuvent être transmis à l’employeur, au CSE, à l’inspection du travail ou à la médecine du travail.

Des contrôles renforcés pendant le palissage et les vendanges

La CGT Champagne demande un renforcement immédiat des contrôles de l’inspection du travail dans le vignoble, dès la période actuelle de palissage et jusqu’à la fin des vendanges. Les obligations patronales ne doivent pas rester des déclarations de principe. Elles doivent être vérifiées sur le terrain, dans les parcelles, dans les locaux, dans les lieux d’hébergement, dans les transports et auprès des équipes réellement exposées aux fortes chaleurs.

Cette exigence concerne toutes les entreprises de la filière : maisons de champagne, exploitations viticoles, groupements d’employeurs, entreprises de travaux viticoles et prestataires. Elle concerne tout particulièrement les salariés saisonniers employés par des prestataires, souvent plus isolés, moins informés de leurs droits et plus exposés aux pressions liées au contrat, à l’hébergement ou au transport. Dans ces situations, le risque est grand que les manquements ne soient pas signalés, que les malaises soient minimisés et que les responsabilités soient diluées entre donneurs d’ordre et sous-traitants.

Pour la CGT Champagne, les contrôles doivent porter concrètement sur l’accès à l’eau fraîche en quantité suffisante, l’organisation réelle des pauses, l’adaptation des horaires, la réduction des cadences en cas de forte chaleur, la mise à disposition de zones d’ombre, l’information des salariés, les procédures de secours, les conditions de transport et d’hébergement, ainsi que la prise en compte des travailleurs isolés ou vulnérables.

Après les drames des vendanges 2023 (5 morts dont deux seulement ont été officiellement reconnus comme étant dus à l’exposition aux fortes chaleurs), il ne serait pas acceptable que les services de l’État attendent les premiers malaises ou les premiers accidents pour intervenir. Les contrôles doivent être suffisamment nombreux, ciblés et réalisés au moment où les salariés sont réellement exposés. La prévention des fortes chaleurs ne peut pas dépendre uniquement de la bonne volonté des employeurs. Elle doit être contrôlée par les services de l’État, documentée et imposée lorsque la santé des salariés est en jeu.

La CGT Champagne demande donc un plan de contrôle spécifique pour la période de palissage et pour les vendanges, avec une attention particulière portée aux salariés des maisons et des exploitants viticoles, aux saisonniers, aux salariés des prestataires et aux situations de sous-traitance. Dans une filière aussi organisée, aussi riche et aussi surveillée que la Champagne, il n’est pas acceptable que la santé des salariés soit renvoyée à des contrôles ponctuels ou à des signalements faits après coup.

Les vendanges 2026 doivent être anticipées maintenant

Ce qui se pose aujourd’hui avec le palissage se posera avec encore plus de force au moment des vendanges. Si la récolte devait débuter autour du 10 août, comme les services techniques du Comité Champagne le laissent entendre, la Champagne entrerait dans une période particulièrement sensible. Des milliers de saisonniers seront alors mobilisés dans un temps très court, avec un travail physique, des horaires parfois étendus, des déplacements, des hébergements, des contraintes de transport et des cadences liées à l’organisation de la récolte, les salariés les plus exposés étant les travailleurs rémunérés à la tâche.

Après les vendanges 2023, personne ne peut traiter ce sujet comme une simple question d’intendance. Les cinq décès survenus pendant cette période ont profondément marqué la Champagne. Ils ont aussi mis en lumière les failles d’un système qui repose trop souvent sur la précarité, la sous-traitance, l’éloignement des travailleurs, les hébergements insuffisants et une organisation sociale trop faible au regard des richesses produites.

La CGT Champagne le dit clairement : il ne faudra pas attendre la veille des vendanges pour parler prévention. Les employeurs, les maisons de champagne, les vignerons, les prestataires, le Comité Champagne et les services de l’État doivent anticiper dès maintenant les risques liés aux fortes chaleurs. Les plans de prévention doivent être prêts avant le début de la récolte. Les hébergements doivent être contrôlés. Les transports doivent être organisés pour éviter des journées rallongées par des trajets épuisants. L’accès à l’eau, aux pauses, à l’ombre, aux sanitaires et aux secours doit être garanti. Les saisonniers doivent recevoir une information claire sur leurs droits, dans une langue qu’ils comprennent.

La responsabilité des donneurs d’ordre doit aussi être posée. Une maison de champagne ou un exploitant ne peut pas se dégager de ses responsabilités en confiant une partie du travail à un prestataire.

Lorsque le raisin est récolté pour la filière Champagne, la filière doit assumer la protection de celles et ceux qui travaillent. La sous-traitance ne doit jamais servir à diluer les responsabilités.

La CGT Champagne exige des mesures immédiates

Pour la CGT Champagne, la prévention des fortes chaleurs doit devenir un sujet central dans toutes les entreprises du vignoble et dans toute l’organisation de la vendange. Les CSE et les CSSCT doivent être réunis lorsque les conditions l’exigent. Les documents uniques doivent être mis à jour. Les représentants du personnel doivent pouvoir vérifier les mesures réellement mises en place sur le terrain.

La CGT Champagne revendique l’interdiction du travail à la tâche, une réduction des rythmes de travail en période de forte chaleur, une augmentation des temps de pause rémunérés, une adaptation réelle des horaires, un accès garanti à l’eau fraîche, des points d’ombre, des consignes claires, des procédures d’urgence, des enquêtes systématiques après tout malaise ou accident lié à la chaleur, ainsi qu’un renforcement des moyens de l’inspection du travail et de la médecine du travail.

La CGT Champagne demande également que les saisonniers soient pleinement intégrés aux dispositifs de prévention. Ils ne doivent pas être considérés comme une main-d’œuvre jetable, mobilisée quelques jours ou quelques semaines, puis oubliée une fois la récolte terminée. Les vendangeurs participent directement à la richesse de la Champagne. Ils ont droit à la même protection, à la même dignité et au même respect que tous les autres salariés.

Cette exigence vaut avec encore plus de force pour les salariés employés par des prestataires. Ces travailleurs interviennent souvent loin des structures syndicales, dans des équipes dispersées, parfois avec une forte dépendance à l’employeur pour le transport, l’hébergement ou la continuité du contrat. Ils doivent bénéficier de contrôles renforcés, d’une information claire sur leurs droits et d’une protection réelle contre les pressions. Le donneur d’ordre ne peut pas fermer les yeux sur les conditions dans lesquelles le travail est effectué pour son compte.

Protéger les salariés, c’est protéger la dignité du travail

La Champagne ne peut pas continuer à célébrer son prestige tout en laissant les salariés affronter seuls les effets du dérèglement climatique. Les fortes chaleurs sont désormais une réalité durable. Elles imposent de revoir l’organisation du travail, les cadences, les horaires, les moyens de prévention et la responsabilité sociale de toute la filière.

Pour la CGT Champagne, la santé des salariés doit passer avant les impératifs de rendement. Aucun objectif de production, aucun calendrier, aucune contrainte économique ne peut justifier de mettre en danger celles et ceux qui travaillent dans les vignes.

Après les drames de 2023, la filière est prévenue. Avec les travaux actuels de palissage et la perspective d’une vendange précoce, l’urgence est déjà là. Il est temps d’agir avant les malaises, avant les accidents, avant les drames. Protéger les salariés du vignoble et les saisonniers, ce n’est pas ralentir la Champagne. C’est refuser que sa richesse repose sur la mise en danger de celles et ceux qui la font vivre.

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Sources :

La CGT.fr : « Canicule : quels sont les droits au travail ? »

Tract La CGT.fr : « Fortes chaleurs : il est temps de protéger les salariés »

Groupe 3: « chaleur : rappel des obligations des employeurs

🎥 La vidéo de Sophie Binet interviewée par Apolline de Malherbe