Réélue secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet a conclu le 54ème congrès confédéral en appelant au rassemblement, au renforcement de l’organisation et à la construction du rapport de force face au patronat et au gouvernement. © La GCT.fr

✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne

📅 Publié le 08 juin 2026

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Le 54ème congrès confédéral de la CGT s’est clôturé à Tours le vendredi 5 juin 2026. Après cinq jours de débats, les congressistes ont adopté le rapport d’activité, le document d’orientation et le cadre commun d’action contre les violences sexistes et sexuelles. Ce congrès a également procédé au renouvellement des instances confédérales, avec l’élection de la nouvelle Commission exécutive confédérale, de la Commission financière confédérale, et la réélection de Sophie Binet comme secrétaire générale de la CGT. Dans ses conclusions, elle a tiré les enseignements d’un congrès placé sous le signe du rassemblement, de la démocratie syndicale, de l’organisation des luttes et de l’exigence sociale.

Les séances du congrès déjà disponibles peuvent être revues sur la page officielle des replays :

https://54.cgt.fr/actualites/replay-congres/replays-du-54e-congres-de-la-cgt

Un congrès pour faire le bilan et préparer la suite

Le rapport d’activité adopté par le congrès revient sur une période dense, marquée par la mobilisation contre la réforme des retraites, les attaques contre les droits sociaux, la dissolution de l’Assemblée nationale, la lutte contre l’extrême droite, les batailles contre l’austérité et un contexte international profondément instable. Ce rapport d’activité a été adopté à 81,36 %, tandis que le rapport financier a été adopté à 90,61 %.

Le document d’orientation a également été largement adopté. Le préambule et le thème 1, « Renforcer notre organisation », ont recueilli 74,62 % des voix. Ce thème fixe comme priorité la syndicalisation, le renforcement des syndicats et l’implantation de la CGT dans tout le salariat. Le thème 2, « Peser syndicalement sur les transformations du travail », adopté à 78,58 %, porte les grandes revendications sur les services publics, la Sécurité sociale, les retraites, l’industrie, les salaires, le temps de travail, les conditions de travail et l’égalité des droits. Le thème 3, « Stratégie des luttes », adopté à 74,47 %, précise les moyens de construire le rapport de force, de développer la grève, de mener la bataille des idées, d’agir à l’international et de combattre l’extrême droite. L’ensemble du document d’orientation a ensuite été adopté à 74,74 %.

Le cadre commun d’action contre les violences sexistes et sexuelles a, lui, été adopté à 70,93 %. Ce vote marque une décision importante pour faire vivre concrètement l’égalité, le respect et la protection des militantes et militants dans l’organisation.

Le rapport d’activité : une CGT au cœur des luttes sociales

Le rapport d’activité met en avant le rôle structurant de la mobilisation contre la réforme des retraites. La CGT y rappelle que cette bataille a replacé le syndicalisme au centre du débat social, avec une intersyndicale maintenue dans la durée et quinze journées de mobilisation sur six mois. Même si l’abrogation n’a pas encore été obtenue, la CGT a empêché le gouvernement de tourner la page et a maintenu la question des retraites au cœur du débat public.

Ce bilan tire aussi une leçon importante : gagner la bataille de l’opinion ne suffit pas toujours face à un pouvoir et à un patronat radicalisés. Pour gagner, la CGT doit renforcer son implantation, construire des grèves plus fortes, mieux ancrer les mobilisations dans les entreprises, les services et les territoires, et organiser davantage de salariés.

Le rapport souligne également la nécessité de prendre soin de l’organisation. Après un 53ème congrès marqué par de fortes tensions, le mandat a été consacré à restaurer de la sérénité dans les débats, renforcer les règles collectives et consolider le travail entre les structures. Plus de 140 000 salariés ont rejoint la CGT depuis le précédent congrès, permettant de repasser la barre des 600 000 syndiqués. Mais le rapport pointe aussi une difficulté persistante : trop de nouveaux adhérents quittent ensuite l’organisation faute d’accueil, d’accompagnement ou de rattachement durable à un collectif syndical.

Le document d’orientation : renforcer, revendiquer, construire le rapport de force

Le document d’orientation adopté par le congrès fixe le cap pour les années à venir. Son préambule part d’un constat politique fort : la crise du capitalisme mondialisé s’aggrave, les dégâts sociaux et environnementaux se multiplient, le capital se radicalise et l’extrême droite progresse dans de nombreux pays. Face à cela, la CGT affirme la nécessité de renforcer un syndicalisme de classe et de masse, capable de rassembler les travailleurs autour de leurs intérêts communs.

Le thème 1 insiste sur le renforcement de l’organisation : syndicalisation, accueil des nouveaux adhérents, lutte contre l’isolement des syndiqués, structuration des syndicats, place des jeunes, des femmes, des ICTAM, des précaires, des privés d’emploi et des retraités.

Le thème 2 place le travail au centre de l’intervention syndicale. Il porte les revendications sur les services publics, la Sécurité sociale, le nouveau statut du travail salarié, l’abrogation de la réforme des retraites, le retour à la retraite à 60 ans, l’industrie, l’environnement, l’intelligence artificielle, les conditions de travail, les salaires, la réduction du temps de travail et l’égalité des droits.

Le thème 3 pose la question des moyens pour gagner. Il appelle à reconstruire une culture de la grève, à ancrer les luttes dans les réalités de travail, à faire converger les mobilisations, à sortir d’un syndicalisme trop institutionnalisé et à renforcer l’action internationale, la bataille des idées, la lutte contre l’extrême droite et la défense des Bourses du travail.

Un congrès marqué par des décisions fortes

Dans ses conclusions, Sophie Binet a présenté l’annexion aux statuts du cadre commun d’action contre les violences sexistes et sexuelles comme une décision historique. Elle a rappelé que, pour la première fois en 130 ans d’histoire de la CGT, un congrès avait réuni autant de femmes que d’hommes, et que cette réalité avait contribué à faire adopter une décision majeure pour faire vivre le féminisme dans les actes.

Le congrès a également été marqué par une forte dimension internationale, avec la présence de 109 camarades venus de 71 pays. Sophie Binet a insisté sur l’importance du meeting contre l’extrême droite et sur la nécessité de construire une solidarité syndicale internationale face aux guerres, aux dictatures, au racisme, au fascisme et à la remise en cause des droits démocratiques.

Des difficultés internes à regarder en face

Sophie Binet a aussi abordé les difficultés du congrès. Elle a notamment rappelé que la réforme statutaire avait été validée à une très large majorité, avec 66,8 % des voix exprimées, soit environ deux tiers. Mais, en raison d’une règle statutaire ancienne exigeant une majorité des voix représentées, et non seulement des voix exprimées, cette réforme n’a pas été adoptée.

Cette non-adoption signifie que la CGT ne disposera pas, à ce stade, d’une commission permettant de régler ses conflits internes avec des décisions contraignantes. La commission d’affiliation restera donc consultative. Sophie Binet a indiqué qu’il reviendrait à la nouvelle direction confédérale d’analyser la situation et de proposer au Comité confédéral national (CCN) les chantiers nécessaires pour permettre à la CGT de régler ses conflits autrement que devant les tribunaux.

Elle est également revenue sur certains comportements survenus pendant le congrès, en rappelant qu’un congrès CGT doit rester un lieu de débat franc, mais aussi de respect, de camaraderie, de vérité et d’arguments. La démocratie syndicale suppose des désaccords, parfois profonds, mais elle exige aussi de les traiter collectivement, sans coups de force ni mise en cause personnelle.

Une nouvelle direction confédérale élue

Le congrès a procédé au renouvellement des instances confédérales, avec l’élection de la Commission exécutive confédérale et de la Commission financière de contrôle. La nouvelle Commission exécutive confédérale (CEF) compte 60 membres, issus de nombreux secteurs professionnels, fédérations et territoires. La Commission financière confédérale (CFC)  compte, elle, 5 membres. Le dossier de presse de clôture présente Sophie Binet comme secrétaire générale de la CGT et Laurent Brun comme administrateur.

Il présente également les membres du Bureau confédéral (BC), parmi lesquels Nathalie Bazire, Catherine Giraud, David Gistau, Denis Gravouil, Myriam Lebkiri, Agathe Le Berder, Virginie Neumayer, Serge Ragazzacci, Gérard Ré, Fabienne Rouchy, Baptiste Talbot et Thomas Vacheron.

Cette nouvelle direction aura la responsabilité de mettre en œuvre les orientations adoptées : renforcer l’organisation, développer l’implantation syndicale, construire le rapport de force, défendre les salaires, les services publics, la Sécurité sociale, les libertés syndicales, l’égalité des droits, la paix et la lutte contre l’extrême droite.

Un avertissement clair au gouvernement

Dans la dernière partie de ses conclusions, Sophie Binet a adressé un message direct au Premier ministre Sébastien Lecornu. Elle a rappelé que la CGT ne laisserait pas les travailleurs payer une nouvelle fois les choix politiques du gouvernement et du patronat. Pour la secrétaire générale de la CGT, l’argent existe : dans les coffres des milliardaires, des multinationales et dans les 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises.

Son avertissement est clair : si le gouvernement tente encore de faire les poches des salariés, des retraités, des privés d’emploi ou des services publics, la CGT sera au rendez-vous des mobilisations. En conclusion, Sophie Binet a prévenu que si le pouvoir persiste dans cette voie, « l’automne sera très chaud ».

Un congrès pour renforcer une CGT utile aux travailleurs

Ce 54ème congrès confédéral confirme une orientation claire : la CGT veut être une organisation rassemblée, démocratique, combative et utile aux travailleurs. Le rapport d’activité permet de mesurer le chemin parcouru, les batailles menées et les difficultés rencontrées. Le document d’orientation fixe les priorités pour la période à venir : renforcer les syndicats, organiser les salariés, construire les luttes, porter les revendications et faire vivre un syndicalisme de classe et de masse.

Dans une période de crise sociale, écologique, démocratique et internationale, ce congrès rappelle que la force de la CGT dépend de sa capacité à se rassembler, à s’organiser et à construire le rapport de force. Face au patronat et au gouvernement, la CGT entend continuer à défendre les droits des travailleurs et à gagner de nouvelles conquêtes sociales.

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Sources

Conclusions de Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, 54ème congrès, Tours, 5 juin 2026.

Vidéo de la cloture du 54ème congrès : Les conclusions par Sophie Binet