Face à l’effondrement des régularisations par le travail et aux blocages massifs des renouvellements de titres de séjour, la CGT a imposé une table ronde au gouvernement. © IA CGT champagne
✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne
📅 Publié le 01 juin 2026
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Ce premier recul ministériel n’est pas un cadeau. Il est le résultat d’un rapport de force construit par les luttes, les grèves, les actions juridiques et le travail quotidien des organisations CGT auprès des travailleurs étrangers. Dans la Marne, les combats menés autour des vendangeurs exploités en Champagne ont pleinement contribué à cette bataille nationale.
Une situation devenue intenable pour des millions de travailleurs
La CGT a fait le point sur la récente table ronde organisée avec le ministre du Travail, le ministre de l’Intérieur, les organisations syndicales et les organisations patronales au sujet de la régularisation des travailleurs étrangers.
Cette réunion n’est pas venue de nulle part. Elle a été organisée à la demande de la CGT, après plusieurs mois d’interventions, de rendez-vous ministériels et de réunions de travail avec les cabinets. Depuis la loi asile-immigration et plus encore depuis les directives Retailleau, les régularisations par le travail se sont effondrées.
Les renouvellements de titres de séjour sont, eux aussi, devenus extrêmement difficiles, plongeant de nombreux salariés dans l’incertitude administrative, la peur de perdre leur emploi, et parfois dans une précarité encore plus grande.
Pour la CGT, cette situation est honteuse. Elle concerne des millions de travailleurs étrangers présents en France, qui travaillent, cotisent, produisent des richesses, occupent des emplois essentiels, mais se retrouvent enfermés dans des procédures opaques, interminables et souvent injustes.
Derrière les discours politiques nauséabonds et l’instrumentalisation permanente de l’immigration, il y a des femmes et des hommes qui travaillent. Il y a des salariés dans le bâtiment, le nettoyage, l’agriculture, la restauration, la santé, le spectacle, l’intérim, la sous-traitance, les services, et aussi dans les vendanges.
Les revendications portées par la CGT
Lors de cette table ronde, la CGT a porté des revendications claires.
Elle a demandé que le dispositif des métiers en tension soit remplacé par une véritable circulaire permettant la régularisation par le travail, avec des critères simples, objectifs et applicables partout. Il ne s’agit pas d’enfermer les travailleurs étrangers dans quelques secteurs prétendument en tension, mais de reconnaître la réalité du travail effectué et les droits qui doivent en découler.
La CGT a également exigé une simplification importante des procédures de renouvellement des titres de séjour, l’embauche de personnels dans les préfectures, la délivrance de titres pluriannuels, ainsi que la mise en place de dispositifs de protection pour les victimes de traite des êtres humains.
Cette dernière question est essentielle. De nombreux travailleurs étrangers sont victimes de réseaux, d’employeurs indélicats, de sous-traitants ou d’intermédiaires qui profitent de leur fragilité administrative pour imposer des conditions de travail indignes. La précarité du titre de séjour devient alors une arme patronale. Elle sert à faire pression, à empêcher les salariés de parler, à les isoler, à les maintenir dans la peur.
Des premières annonces arrachées par le rapport de force
Les ministres se sont engagés à annoncer plusieurs évolutions importantes.
Il a notamment été question de la rédaction d’une nouvelle circulaire permettant des régularisations par le travail. Le ministre de l’Intérieur s’est dit ouvert à ce qu’elle ne soit pas limitée aux seuls métiers en tension, même si les arbitrages restent encore à confirmer et à gagner.
La révision des autorisations de travail a également été annoncée, tout comme l’organisation d’une réunion spécifique sur les praticiens à diplôme hors Union européenne, les PADHUE, avec le ministère de la Santé et le ministère de l’Intérieur.
Le gouvernement a aussi évoqué la possibilité pour les organisations syndicales d’avoir un accès privilégié aux préfectures afin de travailler les dossiers. C’est une revendication importante, car les organisations syndicales accompagnent déjà de nombreux travailleurs confrontés à des blocages administratifs, parfois incompréhensibles, parfois dramatiques.
Le ministre de l’Intérieur a par ailleurs confirmé plusieurs mesures en cours de mise en place : la reconnaissance des certificats de qualification professionnelle pour valider le niveau de langue, le recrutement annoncé de 500 équivalents temps plein dans les préfectures, ainsi que des directives pour simplifier et accélérer les renouvellements de titres de séjour.
Pour autant, le gouvernement refuse pour l’instant de porter une nouvelle loi devant le Parlement, en invoquant un agenda trop chargé et la crainte d’une surenchère de la droite extrême. Cette position montre bien la pression politique exercée par l’extrême droite sur les questions migratoires. Elle confirme aussi que rien ne sera obtenu durablement sans mobilisation.
En Champagne, le combat des vendangeurs de la Marne compte
Dans cette bataille nationale, la situation des vendangeurs de la Marne ne doit surtout pas être oubliée.
Depuis plusieurs années, l’Intersyndicat CGT du Champagne et l’UD CGT de la Marne alertent, accompagnent, dénoncent et agissent face aux situations d’exploitation qui touchent certains travailleurs saisonniers, notamment pendant les vendanges. Dans une filière aussi riche que le Champagne, il est inacceptable que des salariés venus travailler soient parfois confrontés à des conditions d’hébergement indignes, à des abus, à des pressions, à des rémunérations contestables ou à des situations de dépendance vis-à-vis d’employeurs ou d’intermédiaires peu scrupuleux.
Le dossier des vendangeurs de la Marne, évoqué par le CGT, fait partie des procédures engagées qui ont contribué à imposer le sujet au niveau national. Il rappelle une réalité simple : derrière l’image prestigieuse du Champagne, il y a aussi des travailleurs souvent invisibilisés, parfois étrangers, parfois saisonniers, parfois précaires, mais toujours indispensables.
L’Intersyndicat CGT du Champagne, avec l’appui de l’UD CGT de la Marne, a pris toute sa place dans ce combat. Par l’alerte, l’intervention syndicale, l’accompagnement des salariés, le lien avec les structures CGT et le travail de terrain, la CGT a contribué à faire remonter ces situations et à montrer qu’elles ne relèvent pas de cas isolés, mais d’un problème social plus large.
Ce travail syndical est essentiel. Il permet de sortir les travailleurs de l’isolement, de donner une existence collective à des situations que certains voudraient garder dans l’ombre, et de rappeler que les droits du travail doivent s’appliquer à toutes et tous, quelle que soit l’origine, le statut administratif ou la durée du contrat.
Ce n’est pas une faveur, c’est une question de droits
La régularisation par le travail ne doit pas être présentée comme une faveur accordée au cas par cas. Elle doit être reconnue comme une exigence de justice sociale.
Lorsqu’un salarié travaille, cotise, participe à la production de richesses et répond aux besoins d’une entreprise ou d’un secteur, il doit bénéficier de droits pleins et entiers. Le maintien dans la précarité administrative ne protège personne, sauf les employeurs qui veulent disposer d’une main-d’œuvre fragilisée, silencieuse et plus facilement exploitable.
La CGT refuse cette logique. Elle refuse que des travailleurs soient utilisés, pressurés, puis abandonnés. Elle refuse que l’absence ou la fragilité d’un titre de séjour serve à contourner le droit du travail. Elle refuse que les politiques migratoires deviennent un outil de dumping social.
Dans le Champagne comme ailleurs, la dignité des travailleurs ne se divise pas. Les droits ne doivent pas dépendre de la nationalité, de l’origine ou du statut administratif. Défendre les travailleurs étrangers, c’est défendre l’ensemble du monde du travail, car chaque zone de non-droit imposée à certains finit toujours par peser sur tous.
Une première étape, mais la bataille continue
Les annonces gouvernementales évoquées à la suite de cette table ronde montrent que le rapport de force construit par la CGT commence à produire des effets. Elles sont le résultat des luttes de travailleurs sans papiers, des grèves, des procédures judiciaires, du travail des unions départementales, des fédérations, des collectifs, et de l’intervention constante de la CGT sur le terrain politique et social.
Mais rien n’est encore définitivement gagné.
La nouvelle circulaire devra être confirmée, son contenu devra être examiné, et ses critères devront réellement permettre des régularisations par le travail. Les préfectures devront appliquer les instructions de manière effective. Les organisations syndicales devront pouvoir intervenir sur les dossiers. Les victimes d’exploitation et de traite devront être protégées. Les travailleurs saisonniers, intérimaires, apprentis jeunes majeurs, intermittents du spectacle, PADHUE et tous les salariés concernés devront être pleinement pris en compte.
Pour la CGT Champagne, cette bataille est aussi la nôtre. Elle rejoint les combats menés dans la filière contre la précarité, contre l’exploitation, contre les abus patronaux et pour la reconnaissance de tous les travailleurs qui font vivre le Champagne.
La richesse produite dans notre région ne peut pas reposer sur l’invisibilisation ou la fragilisation de celles et ceux qui travaillent. Les vendangeurs, les saisonniers, les travailleurs étrangers et tous les salariés de la filière doivent être respectés, protégés et défendus.
La CGT continuera donc à agir, dans les entreprises, dans les territoires, auprès des pouvoirs publics et aux côtés des travailleurs concernés, pour que les annonces se traduisent en droits réels.
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Sources :
CGT, « Travailleur·ses migrant·es : déjouer les plans du gouvernement », 11 février 2026.
CGT, « La CGT auprès des travailleurs•euses migrant·e·s », 15 janvier 2026.
CGT, « Victoire des Coiffeuses du Boulevard de Strasbourg à Paris après 78 jours de grève », communiqué de presse, 21 mai 2026.
