Une grille des salaires sous le SMIC, une prime de fin d’année menacée : pour la CGT Champagne, la valeur du Champagne doit d’abord reconnaître celles et ceux qui la produisent. © IA CGT champagne
✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne
📅 Publié le 15 juin 2026
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Réunion de la Commission tripartite du 18 juin : la CGT Champagne exige une vraie remise à niveau des salaires et défend la prime de fin d’année
Le 18 juin 2026, une réunion de la Commission tripartite du Champagne se tiendra à Reims. Deux points inscrits à l’ordre du jour concernent directement les rémunérations des salariés : les effets de la revalorisation du SMIC sur le barème des salaires Tripartite, ainsi que la prime de fin d’année et les conséquences possibles de certaines absences sur son montant. Pour la CGT Champagne, ces deux sujets touchent à la rémunération globale prévue par la convention collective du Champagne.
D’un côté, la grille des salaires décroche, avec un coefficient 120 déjà inférieur au SMIC. De l’autre, permettre que certaines absences viennent abattre la prime de fin d’année reviendrait à diminuer la rémunération annuelle des salariés concernés et pourrait devenir, selon les absences visées, un moyen de pression indirect pour dissuader certains salariés de faire grève. Dans une filière qui conserve une très forte valeur économique, cette orientation patronale est inacceptable.
Une réunion sous haute vigilance
Le jeudi 18 juin 2026, une réunion de la Commission tripartite du Champagne se tiendra à Reims. L’ordre du jour prévoit notamment trois sujets : la prime de fin d’année et l’impact de certaines absences, les effets de la revalorisation du SMIC depuis le 1er juin 2026 sur le barème de salaires Tripartite, ainsi qu’une réflexion autour de l’organisation sociale de la vendange.
Pour la CGT Champagne, les deux premiers points sont centraux. Ils touchent directement à la reconnaissance du travail, au pouvoir d’achat et au niveau réel des rémunérations garanties par la convention collective. Il ne s’agit pas de simples questions techniques. Il s’agit de savoir si la convention collective du Champagne continue de protéger les salariés, ou si le patronat cherche progressivement à en affaiblir la portée.
Dès le 28 mai 2026, l’Intersyndicat CGT du Champagne avait demandé à l’UMC l’inscription de la situation du coefficient 120 et du SMIC à l’ordre du jour de la réunion paritaire. La CGT rappelait alors que le coefficient 120 de la grille conventionnelle était déjà fixé à 11,95 € de l’heure, alors que le SMIC était à 12,02 €. Depuis le 1er juin 2026, le SMIC horaire brut est désormais fixé à 12,31 €, soit 1 867,02 € par mois. Le barème patronal applicable à effet au 1er mars 2026 maintient pourtant le coefficient 120 à 11,95 € de l’heure.
Une grille sous le SMIC, une prime menacée
Le constat est simple : le premier coefficient d’entrée de la grille Champagne est inférieur au SMIC.
Bien sûr, aucun salarié ne peut être payé en dessous du SMIC. L’employeur doit respecter le minimum légal dans la paie réelle. Mais cela ne règle pas le problème de fond. Une grille conventionnelle qui commence sous le minimum légal ne remplit plus correctement son rôle. Elle ne reconnaît plus dignement les emplois, les qualifications, l’expérience et les responsabilités. Elle tasse l’ensemble des coefficients et affaiblit la progression salariale.
C’est pourquoi la CGT Champagne refuse que la discussion du 18 juin se limite à une simple correction du coefficient 120. Remonter uniquement le premier niveau pour le placer au niveau du SMIC reviendrait à déplacer le problème. Si l’ensemble de la grille n’est pas revalorisé, les coefficients suivants seront à leur tour écrasés.
Le point sur la prime de fin d’année est tout aussi important. Cette prime fait partie de la rémunération globale des salariés de la convention collective du Champagne. Permettre que certaines absences viennent la réduire reviendrait à diminuer concrètement le revenu annuel des salariés concernés.
Ce sujet soulève également une question syndicale majeure. Si des absences liées à des mouvements de grève, ou plus largement à l’exercice de droits par les salariés, devaient avoir pour effet de réduire la prime de fin d’année, cela pourrait devenir un moyen de pression indirect. Certains salariés pourraient renoncer à faire grève ou à participer à une mobilisation par crainte de voir leur rémunération annuelle amputée. Une telle logique contribuerait à affaiblir le mouvement syndical et à limiter concrètement la capacité des salariés à défendre leurs droits.
Pour la CGT Champagne, une grille salariale qui décroche et une prime de fin d’année potentiellement diminuée selon les absences relèvent d’une même orientation : contenir, limiter et fragiliser les rémunérations garanties par la convention collective du Champagne.
Ce que dit la loi
La loi encadre clairement cette situation. L’article L.2241-10 du Code du travail prévoit que lorsque le salaire minimum national professionnel des salariés sans qualification est inférieur au SMIC, les organisations liées par une convention de branche doivent se réunir pour négocier sur les salaires.
La branche a également une obligation générale de négocier au moins une fois par an sur les salaires. Autrement dit, lorsque le bas d’une grille conventionnelle passe sous le SMIC, le sujet ne peut pas être renvoyé à plus tard. Les partenaires sociaux doivent se réunir, examiner la situation et négocier.
Pour la CGT Champagne, la réunion du 18 juin doit donc permettre d’ouvrir une vraie discussion sur l’ensemble du barème, et non de traiter le problème au minimum.
Des volumes en recul, mais une filière loin d’être sinistrée
La CGT Champagne ne nie pas la réalité du recul des volumes expédiés. En 2025, les expéditions mondiales de Champagne s’établissent à 266,1 millions de bouteilles, en baisse de 2,1 % par rapport à 2024. Le marché français recule également, avec environ 114 millions de bouteilles, tandis que l’export reste proche de 152 millions de bouteilles.
Mais ces chiffres doivent être regardés sérieusement, sans dramatisation patronale. Le bulletin des expéditions 2025 du Comité Champagne indique lui-même que la baisse de 2025 est beaucoup moins forte que celles observées en 2023 et 2024. Il parle d’un ralentissement conjoncturel, d’un export globalement résilient et d’une solidité structurelle de l’appellation Champagne.
Les chiffres clés de 2025 le confirment : la Champagne représente encore 5,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires hors taxes au départ de la Champagne, pour 266,1 millions de bouteilles expédiées. Elle demeure la première AOC viticole mondiale en valeur.
Dans ces conditions, il est difficile d’expliquer aux salariés que la filière n’aurait pas les moyens de remettre à niveau sa grille des salaires et de préserver les éléments conventionnels de rémunération, dont la prime de fin d’année.
La valeur des bouteilles augmente, les salaires doivent suivre
L’évolution des expéditions jusqu’en 2024 montre que la filière Champagne a su augmenter fortement la valeur de ses bouteilles.
En 1996, le prix moyen hors taxes par bouteille était de 9,33 €. En 2024, il atteignait 21,53 €. En 2025, il reste autour de 21,40 € selon les chiffres du Comité Champagne. Le prix moyen a donc plus que doublé en moins de trente ans, et il demeure à un niveau très élevé malgré le recul des volumes. La valeur réelle de la bouteille a donc fortement progressé sur la période récente.
La Champagne vend moins de bouteilles qu’au sommet de 2022, mais elle vend chaque bouteille beaucoup plus cher qu’avant. Elle ne traverse pas une crise de valeur. Elle traverse un ajustement des volumes. Or, quand la valeur par bouteille progresse au-delà de l’inflation, il devient inacceptable que la grille des salaires décroche du SMIC et que la prime de fin d’année puisse être fragilisée.
Une ambition mondiale pour les bouteilles, mais pas pour les salaires ?
Un article récent de L’Union consacré aux marchés émergents dans les expéditions de champagne montre que la filière sait parfaitement se projeter lorsqu’il s’agit de défendre ses intérêts économiques. Inde, Kenya, Afrique, marchés asiatiques, hubs de réexportation : la Champagne observe les marchés d’avenir, analyse les débouchés et prépare sa stratégie internationale.
L’article rappelle également que les expéditions de champagne restent très concentrées. Treize pays représentent près de 76 % des exportations. Avec la France, les marchés de plus de deux millions de bouteilles concentrent 86 % des expéditions totales. Cela montre à la fois la puissance de l’appellation, sa dépendance à quelques grands marchés, mais aussi sa volonté de préparer l’avenir.
Le Champagne ne peut pas avoir une stratégie internationale pour ses ventes et une stratégie minimale pour ses salariés. Il ne peut pas parler de marchés d’avenir tout en maintenant une grille salariale du passé. Il ne peut pas défendre la valeur de ses bouteilles dans le monde entier tout en laissant son premier coefficient conventionnel sous le SMIC.
La richesse du Champagne repose d’abord sur le travail. Elle repose sur les ouvriers, les employés, les agents d’encadrement, les cadres, les salariés des maisons, des caves, des vignes, des pressoirs, de la logistique, de l’habillage, de l’administration, du commerce et de tous les métiers qui permettent à cette appellation d’exister.
Le 18 juin, l’UMC doit répondre
La CGT Champagne portera une exigence claire lors de la réunion de la Commission tripartite du 18 juin : la grille des salaires doit être remise à niveau dans son ensemble.
Le coefficient 120 doit évidemment être relevé au-dessus du SMIC. Mais cela ne peut pas suffire. L’ensemble des coefficients doit être revalorisé pour éviter l’écrasement de la grille et redonner du sens aux classifications. Chaque niveau doit retrouver une cohérence, chaque qualification doit être reconnue, chaque progression doit être lisible.
La CGT Champagne portera également une vigilance particulière sur la prime de fin d’année. Cette prime ne doit pas devenir une variable d’ajustement. Elle constitue un élément important de la rémunération conventionnelle et participe au revenu annuel des salariés. Aucun mécanisme d’abattement ne doit servir, directement ou indirectement, à dissuader les salariés à faire grève pour revendiquer des augmentations de salaire et l’amélioration de leur condition sociale .
Pour la CGT Champagne, ces deux sujets posent la même question de fond : la filière veut-elle renforcer les garanties collectives et reconnaître le travail, ou cherche-t-elle à réduire progressivement le niveau réel des rémunérations dans la convention collective du Champagne ?
La Champagne ne peut pas revendiquer une ambition mondiale pour ses bouteilles tout en abaissant ses exigences sociales pour les salariés. La valeur du Champagne doit d’abord reconnaître celles et ceux qui la créent.
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Sources
L’Union, « Quelle place pour les marchés émergents dans les expéditions ? », cahier économie, 9 juin 2026.
