Le 11 juin 2026, devant le Conseil régional Grand Est à Metz, la CGT a porté une autre voix sur l’industrie, l’emploi et les droits des salariés. La délégation de l’Intersyndicat CGT du Champagne y a défendu le projet de label HVS pour intégrer enfin les droits sociaux des saisonniers vendangeurs dans la filière. © CGT champagne
✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne
📅 Publié le 12 juin 2026
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Le 11 juin 2026, à Metz, devant le Conseil régional Grand Est, la CGT a porté une autre voix sur l’avenir industriel de notre région. Face aux fermetures de sites, aux suppressions d’emplois, aux délocalisations et aux choix politiques trop souvent dictés par les intérêts patronaux, le Comité régional CGT Grand Est a appelé à un rassemblement pour défendre l’emploi, les qualifications, les savoir-faire et le contrôle des aides publiques. Une délégation de l’Intersyndicat CGT du Champagne y a participé pour rappeler que, dans notre filière aussi, la question économique ne peut jamais être séparée de la question sociale, notamment lorsqu’il s’agit des saisonniers vendangeurs.
🎥 La vidéo de l’intervention de la délégation de l’Intersyndicat CGT du Champagne lors du rassemblement du 11 juin à Metz est disponible en bas de cet article.
Une mobilisation régionale pour une autre politique industrielle
Le 11 juin, le Conseil régional Grand Est examinait son pacte pour l’industrie, présenté comme un plan de 73 mesures destiné à renforcer l’attractivité, la compétitivité et la souveraineté économique de la région. Pour la CGT, cette séquence ne pouvait pas se limiter à une discussion institutionnelle entre élus, industriels et décideurs économiques.
L’industrie, ce n’est pas seulement des investissements, des plans de compétitivité ou des discours sur l’attractivité. L’industrie, ce sont d’abord des salariés, des emplois, des qualifications, des conditions de travail, des territoires qui vivent ou qui meurent selon les choix imposés par les grands groupes.
Dans son appel au rassemblement, la CGT Grand Est a rappelé que la région est confrontée à une vague de plans de licenciements et de fermetures de sites d’une ampleur rarement égalée. Automobile, bois, chimie, métallurgie, papier-carton, textile, transport, sidérurgie : de nombreuses filières sont touchées. Plusieurs milliers d’emplois sont directement menacés.
Pour la CGT, il ne peut y avoir de véritable politique industrielle sans moratoire sur les licenciements, sans contrôle des aides publiques, sans conditionnalité sociale, sans prise en compte des projets alternatifs portés par les salariés et sans intervention directe du monde du travail dans les décisions qui engagent l’avenir des territoires.
Des aides publiques qui doivent être contrôlées
Ce rassemblement s’inscrivait donc dans une bataille plus large : celle d’une autre politique industrielle dans le Grand Est. Une politique qui ne se contente pas d’accompagner les stratégies financières des directions d’entreprises, mais qui impose des garanties pour l’emploi, la production locale, la transition écologique, les services publics et les droits des salariés.
La CGT Grand Est a notamment défendu la mise en place d’une commission régionale de contrôle et de conditionnalité des aides publiques aux entreprises. Car lorsque de l’argent public est versé aux entreprises, les salariés, leurs représentants et les citoyens sont en droit d’exiger des contreparties claires : maintien de l’emploi, respect des droits sociaux, investissements productifs, amélioration des conditions de travail et transparence sur l’utilisation des fonds publics.
La Champagne, un exemple concret de dumping social
Dans cette mobilisation régionale, l’intervention de la délégation de l’Intersyndicat CGT du Champagne a permis de mettre en lumière une autre forme de mise en concurrence des salariés. Dans le Champagne, le produit ne peut pas être délocalisé. Le raisin, les vignes, les coteaux et l’appellation restent ici. Mais lorsque le produit ne peut pas partir, c’est la main-d’œuvre que certains cherchent à déplacer, à précariser et à rendre invisible.
José Blanco, secrétaire général de l’Intersyndicat CGT du Champagne, l’a rappelé avec force lors de son intervention. Dans notre filière, le produit ne peut pas être délocalisé : le Champagne se produit ici, dans nos vignes et sur nos territoires. Mais lorsque le produit ne peut pas partir, certains cherchent à délocaliser socialement la main-d’œuvre, en organisant une sous-traitance qui met les salariés en concurrence, affaiblit leurs droits et rend invisibles les responsabilités patronales. La CGT Champagne le dit clairement : le problème n’est jamais l’origine des travailleurs. Le problème, ce sont les systèmes qui utilisent la précarité, l’isolement, la dépendance économique ou administrative de saisonniers pour les exploiter. Depuis plusieurs années, l’Intersyndicat CGT du Champagne combat ces pratiques, qui ont conduit aux scandales des vendanges de la honte, notamment en 2023.
Ces situations ne relèvent pas de simples dysfonctionnements isolés. Elles posent une question de fond : qui porte la responsabilité lorsque des travailleurs sont exploités pour récolter un raisin vendu ensuite comme un produit de luxe ? Pour la CGT Champagne, il ne suffit pas de condamner quelques prestataires. Il faut aussi poser la responsabilité des donneurs d’ordre, qu’il s’agisse de grandes maisons ou de viticulteurs qui ferment les yeux sur les conditions réelles dans lesquelles travaillent les saisonniers.
Des vendanges de la honte à l’exigence de responsabilité
L’Intersyndicat CGT du Champagne a joué un rôle important dans la dénonciation de ces situations. Les luttes menées autour des vendanges 2023 ont contribué à faire reconnaître la gravité des faits, à accompagner des travailleurs exploités, et à obtenir des condamnations contre certains prestataires. Mais pour la CGT, le combat n’est pas terminé.
Les vendanges de la honte ont révélé une réalité que beaucoup préféraient ne pas voir : derrière l’image brillante du Champagne, derrière les grandes marques, les caves prestigieuses et les discours sur l’excellence, des femmes et des hommes ont parfois été logés dans des conditions indignes, mal nourris, soumis à des journées interminables, privés de droits élémentaires et traités comme une main-d’œuvre jetable. C’est cette contradiction que la CGT Champagne entend continuer à mettre sur la table. Il n’est pas acceptable qu’un produit de luxe, symbole mondial de fête et de prestige, puisse reposer, même pour une minorité de situations, sur l’exploitation humaine, les bidonvilles, les abus de prestataires et l’absence de contrôle réel des donneurs d’ordre.
Le label HVS : intégrer le social au cœur de la filière
C’est dans ce contexte que l’Intersyndicat CGT du Champagne porte le projet d’un label HVS, pour Haute Valeur Sociale ou Haute Valeur Sociétale. L’idée est simple : si la filière sait mesurer au gramme près les produits phytosanitaires utilisés dans les vignes, elle doit aussi être capable de garantir les conditions sociales dans lesquelles le raisin est récolté.
Aujourd’hui, la certification HVE, Haute Valeur Environnementale, occupe une place importante dans la filière. Elle valorise des critères environnementaux. Mais pour la CGT Champagne, l’environnement ne peut pas être séparé de l’humain. Un raisin ne peut pas être considéré comme vertueux si ceux qui le cueillent sont exploités, mal logés, mal nourris ou privés de leurs droits.
L’objectif du label HVS est donc d’intégrer des critères sociaux précis : conditions d’hébergement, respect des horaires de travail, accès à une alimentation correcte, respect du droit du travail, traçabilité des prestataires, contrôle des donneurs d’ordre, garanties sur les conditions réelles de travail des saisonniers.
Sébastien KRS, membre du secrétariat de l’Intersyndicat CGT du Champagne, l’a résumé très clairement lors du rassemblement : en Champagne, le consommateur peut savoir beaucoup de choses sur la façon dont la vigne est conduite, mais il ne sait pas si le raisin a été cueilli par des travailleurs exploités ou non. La CGT Champagne veut donc rendre visible cette réalité sociale, jusqu’à imaginer une labellisation permettant d’identifier les bouteilles issues d’une récolte respectueuse des droits des travailleurs.
Rendre visible le travail invisible
Cette revendication pose une question essentielle : pourquoi serait-il possible d’informer le consommateur sur les conditions d’élevage des poules, mais impossible de l’informer sur les conditions de travail des saisonniers qui récoltent le raisin ? Pourquoi le social serait-il toujours relégué derrière l’image, le marketing et les intérêts économiques ?
Pour la CGT Champagne, le label HVS doit permettre de rendre visible le travail invisible. Il doit donner une valeur sociale au raisin, protéger les saisonniers, responsabiliser les maisons et les viticulteurs, et empêcher que la sous-traitance serve de paravent à l’exploitation.
Cette bataille n’est pas seulement champenoise. Elle concerne toute l’agriculture, toutes les filières saisonnières et tous les territoires où des travailleurs précaires, souvent étrangers, sont utilisés comme variable d’ajustement. En portant cette revendication à Metz, la délégation de l’Intersyndicat CGT du Champagne a montré que la défense de l’industrie, de l’emploi et des territoires doit aussi intégrer celles et ceux qui travaillent dans les conditions les plus précaires.
Un combat soutenu par la CGT Grand Est
À l’issue des interventions de José Blanco et de Sébastien KRS, Denis Schnabel, secrétaire régional du Comité régional CGT Grand Est, a tenu à saluer le combat mené par les camarades du Champagne. Il a rappelé que la CGT avait été attaquée pour son action en défense des saisonniers, au motif que cela donnerait une mauvaise image du Champagne. Mais pour la CGT, la mauvaise image ne vient pas de celles et ceux qui dénoncent l’exploitation. Elle vient de celles et ceux qui la tolèrent, la couvrent ou refusent de regarder la réalité en face.
Denis Schnabel a également rappelé que les grands groupes de la filière, à commencer par LVMH ou Pernod Ricard, disposent de moyens considérables. Ils ne peuvent pas prétendre ignorer ce qui se passe dans les vignes, chez les prestataires, dans les hébergements ou dans les conditions de recrutement des vendangeurs.
Pour une région qui protège les salariés, pas seulement les entreprises
Le rassemblement du 11 juin à Metz a donc permis de faire le lien entre plusieurs combats : la défense de l’industrie, la lutte contre les licenciements, le contrôle des aides publiques, la conditionnalité sociale, la défense des saisonniers et la responsabilité des donneurs d’ordre.
Pour la CGT, il n’y aura pas de politique industrielle digne de ce nom si les salariés sont absents des décisions. Il n’y aura pas de souveraineté économique réelle si les emplois disparaissent, si les savoir-faire sont sacrifiés, si les aides publiques alimentent les profits privés sans contrepartie. Il n’y aura pas non plus d’excellence champenoise si les conditions de travail des saisonniers restent invisibles.
La CGT Champagne continuera donc à porter cette exigence : aucun raisin, aucune bouteille, aucune richesse produite dans notre filière ne doit reposer sur l’exploitation humaine. Le label HVS doit devenir un outil concret pour imposer des droits, de la transparence et de la responsabilité sociale dans toute la chaîne de production.
Remettre le travail au cœur des choix économiques
À Metz, le 11 juin, la CGT Grand Est a rappelé que l’avenir industriel de la région ne peut pas être abandonné aux seuls choix patronaux. La CGT Champagne y a apporté sa contribution en montrant que, dans notre filière, la bataille pour l’emploi et l’économie régionale passe aussi par la défense des saisonniers vendangeurs.
Face aux licenciements, aux délocalisations, au dumping social et à l’exploitation, la CGT porte une même exigence : remettre le travail, les salariés et les droits sociaux au centre des choix économiques. Dans le Grand Est comme dans le Champagne, aucune politique d’avenir ne peut se construire contre celles et ceux qui produisent les richesses.
Télécharger l’article : Metz : « la CGT Grand Est défend l’emploi, l’industrie et les droits des salariés »
Sources
CGT Grand Est / CGT Moselle, tract « Mobilisons-nous pour une autre politique industrielle dans la région Grand Est », rassemblement du 11 juin 2026 devant le Conseil régional à Metz.
