Hausse des prix, salaires bloqués, profits records : la CGT alerte sur le risque d’une nouvelle crise sociale payée une fois encore par les travailleurs. © IA CGT champagne
✍️ Par l’Intersyndicat CGT du champagne
📅 Publié le 07 mai 2026
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Alors que les tensions internationales au Proche et Moyen-Orient provoquent une nouvelle flambée des inquiétudes sur les marchés de l’énergie, Sophie Binet a adressé un courrier solennel au gouvernement pour dénoncer les conséquences sociales qui pourraient frapper durement les salariés, les retraités et les familles populaires.
Pour la CGT, le pays risque de replonger dans une crise inflationniste majeure semblable à celle déclenchée après la guerre en Ukraine, avec une nouvelle explosion des prix de l’énergie, des carburants et de l’alimentation. À travers cette démarche, la CGT cherche à empêcher que les travailleurs paient une nouvelle fois une crise dont ils ne sont pas responsables, pendant que les grands groupes énergétiques et financiers continuent d’accumuler des profits records.
Une inquiétude grandissante face à une nouvelle flambée des prix
Dans son courrier, la secrétaire générale de la CGT estime que les conséquences économiques de la guerre au Proche et Moyen-Orient sont désormais susceptibles d’avoir un impact direct sur la vie quotidienne des salariés en France.
La hausse des cours du pétrole et du gaz fait craindre une augmentation durable des prix du carburant, de l’électricité, du chauffage mais aussi des produits alimentaires et de consommation courante. Pour la CGT, cette situation intervient dans un contexte social déjà extrêmement fragilisé par plusieurs années d’inflation, de stagnation salariale et d’austérité budgétaire.
Le syndicat rappelle que des millions de travailleurs sont déjà contraints de faire des arbitrages permanents entre les dépenses essentielles : payer les factures, remplir le réfrigérateur ou faire le plein pour aller travailler.
La CGT accuse le gouvernement de ne pas avoir tiré les leçons de la crise inflationniste
À travers cette lettre, la CGT critique très durement la gestion de la précédente crise inflationniste liée à la guerre en Ukraine. Selon Sophie Binet, les mesures gouvernementales mises en place à l’époque n’ont pas permis de protéger réellement les salariés.
Le courrier estime au contraire que les grands groupes énergétiques, la grande distribution et certains secteurs industriels ont largement profité de la situation pour augmenter leurs marges et leurs bénéfices pendant que les travailleurs perdaient du pouvoir d’achat.
La CGT souligne notamment que les salaires réels n’ont toujours pas retrouvé leur niveau d’avant 2020 et que la pauvreté continue de progresser en France malgré les milliards d’aides publiques versés sans véritables contreparties sociales.
Pour la confédération, le problème principal n’est donc pas une prétendue « boucle prix-salaires » régulièrement dénoncée par le patronat, mais bien une « boucle prix-profits » alimentée par les grandes entreprises qui profitent des crises pour accroître leurs bénéfices.
Des profits records pendant que les salariés s’appauvrissent
La lettre vise particulièrement les multinationales de l’énergie. La CGT dénonce les bénéfices jugés indécents réalisés par Total Energies dans un contexte où les ménages subissent de plein fouet la hausse du coût de la vie.
Le syndicat réclame un blocage immédiat des prix du carburant ainsi qu’un retour à des tarifs régulés pour le gaz et l’électricité.
Pour la CGT, il n’est plus acceptable que les travailleurs financent indirectement des profits records pendant que les salaires stagnent et que les services publics continuent de subir des politiques d’austérité.
Cette dénonciation rejoint également une critique plus large portée depuis plusieurs années par la CGT : celle des aides publiques massives accordées aux grandes entreprises sans exigences suffisantes en matière d’emploi, de salaires ou d’investissement industriel. Dans son courrier, Sophie Binet rappelle d’ailleurs que 211 milliards d’euros d’aides publiques sont distribués chaque année aux entreprises, sans empêcher les licenciements ni la dégradation du pouvoir d’achat.
Remettre la question des salaires au centre du débat
L’un des objectifs principaux de cette lettre est aussi de remettre la question salariale au cœur du débat politique et social.
La CGT estime que les négociations salariales sont aujourd’hui bloquées dans de nombreuses branches professionnelles et rappelle qu’un grand nombre de conventions collectives comportent encore des minima inférieurs au SMIC plusieurs mois après sa revalorisation automatique. Une réalité qui concerne également la branche Champagne. À la suite de l’échec des négociations salariales paritaires 2026 dans la branche, les employeurs ont appliqué une recommandation patronale limitée à +0,9 % au 1er mars 2026. Malgré cette revalorisation, le coefficient 120 de la grille conventionnelle du Champagne reste inférieur au SMIC légal : son taux horaire est fixé à 11,95 € alors que le SMIC, revalorisé au 1er janvier 2026, atteint désormais 12,02 € de l’heure.
Même si un seul coefficient est aujourd’hui directement concerné, cette situation illustre concrètement le tassement des grilles salariales dénoncé par la CGT. Pour le syndicat, voir le premier niveau de classification de la convention collective du Champagne passer sous le salaire minimum légal démontre l’insuffisance des augmentations accordées par le patronat de la filière.
Dans le Champagne, cette question dépasse largement le seul coefficient 120. La CGT Champagne alerte depuis plusieurs années sur le risque de voir disparaître progressivement les écarts de rémunération liés aux qualifications, à l’expérience, à la technicité, à la polyvalence ou encore aux contraintes de travail, alors même que les métiers de la filière restent physiquement exigeants et rencontrent des difficultés croissantes de recrutement et d’attractivité.
Dans son courrier, la CGT insiste également sur une autre réalité souvent invisibilisée : celle des salariés précaires et particulièrement des femmes occupant des emplois à temps partiel faiblement rémunérés. La confédération rappelle que les salariés à temps partiel sont très majoritairement des femmes et que leur salaire mensuel moyen avoisine à peine les 1000 euros.
La situation des aides à domicile est également citée comme symbole de cette précarité salariale persistante. La CGT souligne que nombre de ces salariées vivent avec des revenus extrêmement faibles malgré des métiers essentiels, physiquement éprouvants et socialement indispensables. Le courrier réclame d’ailleurs l’application rapide de l’accord permettant une revalorisation salariale dans ce secteur.
À l’instar de la CGT, la CGT Champagne revendique donc :
– une augmentation immédiate du SMIC ;
– la réouverture des négociations salariales dans les branches et les entreprises ;
– le retour de l’indexation des salaires sur l’inflation ;
– des mesures contraignantes contre les branches maintenant des minima sous le SMIC.
La CGT dénonce également la multiplication des primes ponctuelles non cotisées qui remplacent les augmentations générales de salaires et fragilisent durablement le financement de la Sécurité sociale.
Une alerte sur la précarité sociale et les inégalités
Au-delà des salaires, la lettre insiste également sur la situation des retraités, des bénéficiaires des minima sociaux et des agents de la fonction publique.
La CGT juge insuffisantes les dernières revalorisations décidées par le gouvernement au regard du niveau réel de l’inflation.
Le courrier remet aussi en avant la question des inégalités salariales entre les femmes et les hommes. La CGT reproche notamment au gouvernement de retarder encore la transposition de la directive européenne sur la transparence salariale alors que les écarts de rémunération restent extrêmement importants.
Défendre l’emploi industriel et préparer l’avenir
La confédération profite également de cette lettre pour alerter sur la multiplication des plans de licenciements dans l’industrie. La CGT affirme avoir recensé plus de 550 plans sociaux ces deux dernières années et réclame un moratoire sur les licenciements afin de préserver les savoir-faire industriels et les capacités de production françaises. Le courrier appelle aussi à engager une véritable stratégie industrielle de long terme fondée sur la relocalisation de la production, la décarbonation de l’économie, le développement du ferroviaire, la rénovation thermique des bâtiments et le développement de productions industrielles en France.
Pour la CGT, ces investissements sont indispensables afin de réduire la dépendance du pays aux énergies fossiles et aux marchés spéculatifs internationaux.
La CGT refuse que les travailleurs paient une nouvelle fois la crise
À travers cette démarche, la CGT cherche clairement à peser dans le débat public avant qu’une nouvelle crise énergétique ne produise les mêmes effets que celle de 2022.
Le syndicat refuse que les salariés, les retraités et les classes populaires soient une nouvelle fois les variables d’ajustement pendant que les grandes multinationales continuent d’accumuler des profits records.
Pour la CGT, cette situation démontre au contraire l’urgence d’un véritable changement de cap politique fondé sur la hausse des salaires, la justice fiscale, la défense de l’emploi industriel et la protection du pouvoir d’achat.
Télécharger l’article : Sophie Binet alerte le 1er ministre sur une nouvelle crise sociale
Sources :
– Lettre de Sophie Binet adressée au gouvernement, publiée le 5 mai 2026
